Petits poissons : des atouts santé et écologiques sous-estimés
Petits poissons : des atouts santé et écologiques sous-estimés

Les chercheurs Gauthier Schaal et Alice Guillot, de l'université de Bretagne occidentale, expliquent que privilégier les petits poissons aux gros présente des intérêts majeurs pour la santé humaine et celle des écosystèmes. Cette recommandation s'appuie sur des données nutritionnelles, sanitaires et environnementales détaillées dans une analyse publiée par The Conversation.

Des avantages nutritifs supérieurs chez les petits poissons

La consommation de poisson bénéficie d'une image très positive auprès des consommateurs européens, portée par la tendance de la Healthy Food et la mode de la cuisine japonaise. Le poisson est perçu comme une nourriture nutritive, peu grasse, riche en micronutriments, avec un impact environnemental relativement faible comparé à la viande. Cependant, les consommateurs différencient rarement les espèces de poissons, contrairement à la viande (poulet, bœuf, porc).

Les gros poissons comme le saumon, le cabillaud ou le thon représentent plus d'un quart de la quantité totale de poisson consommée en Europe. À l'inverse, les petits poissons pélagiques (sardines, anchois, maquereaux, harengs) sont perçus comme traditionnels et un peu vieillots, malgré leurs qualités nutritionnelles supérieures.

Tous les poissons sont d'excellentes sources de macro et micronutriments, notamment le fer, le zinc, le calcium, le sélénium et les oméga-3. Les acides gras EPA et DHA, essentiels au système immunitaire et au développement nerveux, sont presque exclusifs aux produits de la mer. Les Clupéiformes (sardines, anchois, harengs) sont les plus riches en EPA et DHA, ainsi qu'en calcium et en zinc, parmi toutes les espèces de poissons.

Des risques de contamination moindres chez les petits poissons

Les gros poissons, qui vivent plus longtemps et sont en haut de la chaîne alimentaire, accumulent davantage de polluants par bioaccumulation et bioamplification. Le mercure est l'exemple le plus marquant : certains grands prédateurs marins présentent des concentrations dépassant toutes les normes internationales. Dans l'estuaire du Saint-Laurent au Québec, les carcasses de bélugas échouées sont traitées comme des déchets toxiques.

Cependant, ce schéma n'est pas valable pour tous les polluants, car les poissons sont exposés à un cocktail de contaminants (métaux lourds, polluants organiques persistants, micro et nano-plastiques) avec des capacités de détoxification variables selon les espèces.

Le contexte local est un facteur clé. Une étude comparative sur les trois façades maritimes de France hexagonale a montré que les petites roussettes présentaient des niveaux de contamination en arsenic et en mercure trois à cinq fois plus élevés en Manche orientale que dans le golfe de Gascogne. Le merlan était huit fois plus contaminé au mercure dans le golfe du Lion que dans le golfe de Gascogne. La pêche des sardines en baie de Seine a été suspendue pendant près de douze ans à cause des PCB, et n'est rouverte que depuis 2022 pour les mois d'avril à juin.

Des impacts écologiques contrastés

La production de saumon en aquaculture intensive a des impacts documentés : eutrophisation, dissémination de pathogènes, échappement d'individus hybridés. L'alimentation de ces saumons repose sur des farines animales issues de petits poissons pélagiques, dont la pêche industrielle concurrence la pêche artisanale de subsistance dans de nombreux pays. Les densités en élevage, atteignant plusieurs dizaines de kilogrammes par mètre cube, posent aussi des questions de bien-être animal.

Les pêcheries thonières tropicales, à l'origine de l'essentiel des conserves en grande surface, engendrent des captures accessoires importantes : entre 1993 et 2009, plus de 45 000 requins, 3 600 raies Manta et plusieurs dizaines de tortues marines étaient capturés chaque année dans le Pacifique oriental. Ces pêcheries contribuent au déclin de plus de 70 % des populations de requins à l'échelle mondiale de 1970 à 2018.

Les petits poissons pélagiques, avec leur durée de vie plus courte, leur maturité précoce et leurs forts taux de reproduction, sont relativement moins sensibles à la pression de pêche. Atteindre des niveaux d'exploitation cohérents avec le renouvellement naturel des stocks reste un objectif réaliste pour ces espèces.