Depuis le 22 juin, Basma dort dans le même lit que sa fille Mya, âgée de 8 ans, pour surveiller ses nuits et tenter de chasser les cauchemars qui la hantent. « C'est à chaque fois le même rêve, confie la mère. Elle me dit que sa maîtresse lui court après, la tête transformée en four, et que je ne l'aide pas, occupée à couper des carottes. »
Des médicaments pour « en finir avec la vie »
Ce jour-là, l'institutrice de Mya, scolarisée en CE2 à l'école élémentaire Ernest-Camail de Saint-Raphaël, était absente. Comme le veut la procédure, les élèves ont été répartis dans d'autres classes. Mais lorsque Mya s'est présentée devant la salle attribuée, l'enseignante, qui l'avait eue les années précédentes, l'a repoussée. « Elle l'a prise par la bretelle et lui a dit devant quatre camarades qu'elle ne voulait pas d'elle dans sa classe, puis a fermé la porte en la laissant dans les escaliers », raconte Basma. Prise en charge par une AESH, Mya a passé la matinée ailleurs, mais a subi les moqueries des autres élèves à la récréation : « Ils lui disaient qu'elle sentait mauvais, que c'est pour ça que la maîtresse ne voulait pas d'elle. »
Un choc psychologique grave
Le soir même, son père l'a surprise dans la salle de bains, la main pleine de médicaments. Mya a déclaré en avoir « marre de la vie » et vouloir prendre ces pilules, destinées à apaiser des reflux gastro-œsophagiens, « pour mourir ». Basma culpabilise : « Je lui avais dit que ce n'était rien, que c'était la fin de l'année… Elle a cru que je ne la défendais pas. » Depuis, la fillette développe des terreurs nocturnes et une tristesse de l'humeur, constatée par le service pédiatrique de l'hôpital de Fréjus. Un suivi pédopsychiatrique a été mis en place. « Le pédopsychiatre a dit que nous allons partir sur des soins au long cours », ajoute la mère.
Des antécédents de brimades
L'enseignante, en poste depuis 41 ans, avait déjà eu Mya comme élève. La petite fille se souvient : « Elle disait que j'étais une incapable, que je ne ferai rien de ma vie. C'était pas gentil. » Basma a recueilli plusieurs témoignages de parents d'élèves affirmant que leurs enfants ont vécu des situations « traumatisantes » avec cette institutrice, dont des brimades et, pour l'une, un tirage de cheveux, reconnus par l'intéressée à l'époque.
Plainte et excuses
Basma a déposé plainte après avoir alerté le directeur de l'école et l'inspection académique. Le 3 juillet, l'enseignante a été officiellement rappelée à l'ordre par son supérieur hiérarchique. Elle a reconnu une « erreur inadmissible » et adressé une lettre d'excuses aux parents, dans laquelle elle écrit : « Mes paroles ont dépassé ma pensée. […] Je regrette sincèrement qu'ils aient pu vous blesser. » Malgré cela, Basma reste angoissée : « Comment va se passer la rentrée ? Nous allons tout faire pour que Mya pense à autre chose durant l'été. L'inspection académique nous a dit qu'une expertise psychologique pourra être proposée à la rentrée, mais c'est aujourd'hui que ma fille est traumatisée. »
Des conséquences durables
La mère de famille ne travaille plus depuis dix jours, entre les rendez-vous médicaux et la surveillance de sa fille. « Est-ce que cette dame se rend compte des conséquences de son acte ? » interroge-t-elle. Contactée, la direction de l'inspection académique du Var n'a pas souhaité réagir.



