Michel Joinville, 76 ans, relaxé après 7 ans de procédure pour violences sur un policier lors d’un rassemblement de Gilets jaunes
Relaxé après 7 ans, Michel Joinville retrouve sa dignité

Michel Joinville, 76 ans, retraité de Comprègnac, a été définitivement relaxé par la cour d’appel de Montpellier le 3 septembre, confirmant la décision de première instance. Poursuivi pour des violences aggravées sur un policier lors d’un rassemblement de Gilets jaunes à Millau le 17 novembre 2019, il sort d’une procédure de sept ans qu’il qualifie d’« instructive » et dit avoir « retrouvé sa réputation, son honneur ».

Sept ans de procédure et de doutes

L’affaire remonte au 17 novembre 2019, lors du premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes sur le rond-point de Saint-Germain. Selon le récit de Michel Joinville, un homme poursuivi par les forces de l’ordre s’est réfugié parmi les manifestants, provoquant une mêlée générale. Un policier a été blessé, tout comme Michel Joinville, qui a eu le pouce fracturé. Un garde mobile l’a alors désigné comme l’auteur des violences, ce qu’il a toujours nié.

Interpellé, placé en garde à vue et soumis à un prélèvement ADN, cet électricien à la retraite, sans antécédent judiciaire, a vécu une expérience brutale. « Au début, on n’y croit pas trop », confie-t-il, évoquant les interrogatoires et les photographies de face et de profil. Après six mois d’interdiction de séjour à Millau, il a comparu devant le tribunal correctionnel de Rodez, où il a été relaxé en première instance. Le parquet et la victime ont fait appel, prolongeant la procédure jusqu’en 2026.

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Le poids du regard des autres

Pendant ces sept années, le doute s’est installé dans son entourage. « Le regard des gens qui nous connaissent change, il y a des soupçons », raconte-t-il, citant la rengaine « il n’y a pas de fumée sans feu ». La crainte d’une condamnation, voire d’une incarcération, a pesé, tout comme l’inquiétude pour ses proches. « Quel regard mes petits-enfants vont porter sur ce grand-père ? Sur ce repris de justice ? », s’interroge-t-il. La décision de la cour d’appel a dissipé une partie de cette inquiétude : « J’ai le sentiment d’avoir retrouvé ma réputation, mon honneur. »

Au-delà de l’aspect judiciaire, Michel Joinville a dû faire face à des difficultés familiales et à environ 7 000 euros de frais de justice. Il salue cependant la solidarité dont il a bénéficié : un comité de soutien de plus d’une centaine de personnes, comprenant des Gilets jaunes, des syndicalistes et des proches, s’est constitué autour de lui. Une caisse de solidarité a financé le premier procès, et pour la suite, il a été aidé par son avocat, Me Nicolas Gallon, inscrit au barreau de Montpellier, dont il loue le travail « remarquable ».

Un tournant après l’épreuve

Michel Joinville souligne également le comportement du policier blessé, qui a reconnu au tribunal ne pas être en mesure de l’identifier comme l’auteur du coup porté. Une déclaration importante pour celui qui aurait pu, selon ses mots, « payer » pour un geste qu’il a toujours nié. « Ce jugement me libère », affirme-t-il.

Désormais, il ne se voit plus participer à un éventuel nouveau mouvement de contestation. « Je ne serais pas indifférent, mais à mon âge et après ce que j’ai vécu, je préfère prendre du recul », explique-t-il, sans renier son engagement passé. Son ambition est plus simple : « Respirer, profiter de sa famille et du territoire qu’il aime », vivre « plus tranquillement ». Greffé cardiaque, il rappelle : « Je vis en sursis depuis 26 ans. Les jours et les années comptent. Il ne faut pas les gâcher. »

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