Du vendredi 25 au dimanche 27 septembre, le festival Regards sur rue s'installe à La Seyne-sur-Mer. Parmi les propositions de cette édition, le spectacle « En attendant la vague » se distingue par son concept hybride : un vrai-faux tournage de film, réalisé en direct avec le public. La compagnie Espèces d'Espaces, à l'origine du projet, transforme la représentation en plateau de cinéma à ciel ouvert.
Un tournage de cinéma ouvert au public
Le principe est simple : immerger les spectateurs dans les coulisses d'un tournage. Avant la représentation, plusieurs volontaires sont sélectionnés pour jouer des scènes, d'autres peuvent devenir accessoiristes. Pendant que l'équipe s'affaire autour de trois véhicules et de caméras, des images sont projetées en temps réel sur des écrans. Le public assiste ainsi à la fabrication d'un film, avec ses effets et ses imprévus.
Jean-Marc Besenval, cofondateur de la compagnie avec Florentin Guesdon, scénographe de formation, explique l'origine du projet : « Je viens du cinéma à la base, de la vidéo. J'ai été à la régie, j'ai fait de l'assistanat, la réalisation, et ensuite du cadre. » Il ajoute : « On trouvait dommage de ne pas ouvrir le tournage d'un film au public, parce que c'est un spectacle en soi. »
L'histoire d'un réalisateur en difficulté
Mais derrière le film qui se fabrique, « En attendant la vague » raconte aussi l'histoire de ceux qui tentent de le réaliser. Jean-Marc Besenval campe Pippo Talleggio, un réalisateur italien dépassé qui n'arrive pas à produire son film. Tout change lorsqu'une société de production canadienne s'intéresse à son projet, mais réclame des images. Pippo improvise alors, prétendant avoir déjà tourné plusieurs séquences, et propose de montrer une bande-annonce d'un film qui n'existe pas encore. Cette bande-annonce, la compagnie la fabrique en direct avec le public.
Le metteur en scène détaille : « On raconte comment cette petite équipe de cinéma n'arrive pas à produire son film, et tout d'un coup, il a une opportunité. » Cette mise en abyme permet d'aborder des thèmes sérieux avec une approche décalée.
Une dystopie sur la montée des eaux
Le film qui se construit sous les yeux des spectateurs raconte une autre histoire : celle d'une petite fille et de sa grand-mère, dans un monde bouleversé par la montée des eaux. La grand-mère refuse de quitter sa maison et offre son téléphone portable à l'enfant pour qu'elle conserve une trace de leurs souvenirs. Dans la panique, la petite fille oublie l'appareil dans la voiture. Toute sa vie, elle rêvera de retrouver cet objet, dernier lien avec son passé.
Ce récit intime sert de point de départ pour évoquer des sujets plus vastes : la montée des eaux, l'exode, la mémoire et la disparition d'un monde. Jean-Marc Besenval précise : « On traite de sujets qui ne sont pas forcément marrants, qu'on essaie toujours de décaler grâce à la fiction. » Il ajoute : « Les grandes tragédies, c'est souvent plein de petites histoires personnelles. »
Un spectacle participatif et bricolé
Le dispositif repose sur l'improvisation et le bricolage. L'équipe utilise trois véhicules et des accessoires chinés dans des ressourceries. Ces objets dérisoires se transforment en décor grâce au cadre, à la lumière et au jeu des participants. « Sur le plateau, ils ne voient presque rien, des bouts de bricolage et tout d'un coup, ça prend vie », raconte Jean-Marc Besenval.
Le public ne se contente pas de regarder : il participe à la fabrication de l'image. Chaque représentation comporte sa part d'inconnu. Malgré le côté ludique, la qualité des plans reste essentielle. « Ce n'est pas juste un prétexte de filmer les choses », insiste le metteur en scène. Le spectacle a été pensé pour l'extérieur, avec du mapping et de la projection.
À La Seyne-sur-Mer, le tournage prendra place au Parc de la navale, un cadre tourné vers la mer, où véhicules, objets récupérés et spectateurs suffiront à faire apparaître un monde menacé par les eaux. Les représentations sont prévues vendredi à 20h30 et samedi à 20h, en accès gratuit.



