Le Rallye kart de Roquebrune-sur-Argens a définitivement fermé ses portes après sept années de conflit avec la municipalité. La société Fun Driving, qui exploitait cette piste de karting située le long de la RDN7 entre le rond-point des Quatre chemins et Puget-sur-Argens, a été liquidée le 22 mai 2026 par le Tribunal de commerce de Fréjus.
Un gérant amer face à l'issue du conflit
Éric Codaccioni, l'ex-gérant, explique avoir « lâché prise » après avoir constaté que la réélection du maire Jean Cayron signifiait un nouveau cycle de sept années de conflit. « Trois des quatre candidats à la mairie nous avaient apporté leur soutien mais depuis la réélection de Jean Cayron, nous avons conscience qu’il faudrait repartir pour sept années de conflit. C’était trop pour moi et mon épouse », confie-t-il.
En avril 2026, la décision d'arrêter a été prise. La société a commencé à vendre les camions puis les karts pour payer les salaires. Selon Codaccioni, « nous ne laissons pas de casseroles importantes derrière nous ». Il exprime néanmoins des regrets : « À 55 ans, je me retrouve sans fonds de commerce à vendre après avoir investi plusieurs centaines de milliers d’euros dans ce projet et après avoir nettoyé toute cette zone pendant quatre ans. »
Zonage du PLU et accusations croisées
L'entrepreneur reste en colère contre la municipalité qui, selon lui, n'est jamais venue à sa rencontre. Il espère prouver devant le tribunal qu'il y a eu « erreur manifeste d’appréciation dans le zonage du PLU [Plan local d’urbanisme] ». Par ailleurs, il a porté plainte contre le maire pour diffamation, après que ce dernier a laissé entendre, lors d'une réunion publique en mars 2026, que l'activité de Fun Driving pouvait s'apparenter à du blanchiment d'argent.
Jean Cayron précise qu'il entendait par là que « Fun Driving a été rémunéré pour l’accueil sauvage de remblais » ayant servi à l'aménagement de sa piste. Le maire assume sa ligne de fermeté : « J’irai jusqu’au bout pour que ce terrain soit remis en état, quitte à lancer une nouvelle procédure destinée à permettre de saisir les biens personnels de l’ex-gérant du Rallye kart. »
Une activité illégale en zone naturelle et inondable
Le Rallye kart avait ouvert en 2019 sur un terrain de 8 000 m² avec un concept de karting sur piste propice aux dérapages, « unique en France ». Cependant, l'activité a été montée sans permis d'aménager, refusé par le maire. La société Fun Driving a tenté par deux fois de faire annuler cette décision, mais ses demandes ont été rejetées par le Tribunal administratif de Toulon puis par la Cour administrative d'appel de Marseille.
Le terrain est classé à la fois en zone naturelle et en zone rouge au Plan de prévention du risque inondation (PPRI). Pour le maire, la fermeté est une question de cohérence : « nous ne pouvons pas nous permettre d’empêcher les gens de construire des fenêtres qui ne respectent pas le PLU pour quelques centimètres d’un côté et ne pas faire le nécessaire pour punir des activités en totale illégalité de l’autre ». Il rappelle qu'Éric Codaccioni a été définitivement condamné par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 8 octobre 2025 à remettre les lieux dans leur état initial.
Un site désormais occupé par un food-truck
Depuis la fermeture, un food-truck proposant des pizzas au feu de bois s'est installé sur le site et a déjà reçu ses premières verbalisations. Cette activité de restauration suscite des inquiétudes en raison du risque incendie dans cette zone naturelle. Interrogé sur le fait que l'activité de Fun Driving pouvait représenter « un mal pour un bien », le maire répond catégoriquement : « Certainement pas. Si un gamin avait trouvé la mort sur cette piste illégale alors que je n’avais pas tout mis en œuvre pour faire l’activité, c’est le maire que je suis qui aurait été tenu pour responsable. »
L'avenir du terrain en suspens
Le sort de la parcelle reste incertain. La municipalité indique ne pas avoir connaissance de transactions récentes. Cependant, l'ex-gérant affirme que « la partie basse du terrain a été vendue via un bail emphytéotique à des gens du voyage » et se dit « persuadé que ce terrain est destiné à accueillir une activité commerciale d’ici quelques années, lorsque l’un des gros entrepreneurs du coin se sera décidé à se positionner dessus ».



