Pompiers pro : frustration face aux renforts volontaires
Pompiers pro : frustration face aux renforts volontaires

Les pompiers professionnels expriment leur colère face à leur absence des colonnes de renfort déployées pour lutter contre les grands incendies, de la Gironde au Var. Ils dénoncent une préférence systématique pour les volontaires, les laissant sur le carreau malgré leur disponibilité et leur engagement.

Une frustration grandissante

Guillaume Millet, représentant de la CFDT des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), explique que ces fonctionnaires territoriaux sont « frustrés » par « l'envoi systématique » de volontaires « en lieu et place de sapeurs-pompiers professionnels ». Cette pratique, répétée lors des récents feux de forêt, suscite un profond mécontentement au sein des casernes.

L'État a pourtant facilité le déploiement des pompiers volontaires en demandant aux employeurs de libérer les salariés concernés. Un levier jugé incontournable, car les volontaires représentent 80 % des effectifs hors militaires, soit 200 000 volontaires pour environ 44 000 professionnels, selon le ministère de l'Intérieur. Mais pour les syndicats, cette justification par les nombres ne tient pas.

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Les volontaires privilégiés, les pros écartés

Pour constituer des équipes de renfort, certains Sdis préfèrent les volontaires aux professionnels, car ils « ne sont pas limités en heures », souligne Guillaume Millet. Dans le département francilien de David Saquet (Unsa Sapeurs-Pompiers), les professionnels peuvent demander à partir en renfort avec une indemnité de mobilisation opérationnelle (IMO). Dans ce cas, les heures passées en mission sont soustraites au temps de travail annuel plafonné. Mais « ceux qui cochent l'IMO ne sont jamais pris », s'indigne le syndicaliste.

Les professionnels peuvent aussi endosser le statut de volontaires lorsqu'ils sont en congés ou repos. Ceux qui veulent aller au feu sont donc « contraints de poser des congés pour partir sur les colonnes de renfort », dénoncent neuf syndicats dans un communiqué. Une situation jugée inacceptable par les intéressés, qui se sentent pénalisés dans leur volonté d'agir.

La réponse de la Sécurité civile

Le colonel Jérôme Boulanger, porte-parole de la Sécurité civile, répond que « lorsqu'on engage des renforts, on ne sait pas sur quel statut les gens interviennent ». Il précise que « ce sont les états-majors de zone et les Sdis qui font ce travail de prospection et qui remontent la disponibilité des personnels ». Il assure ne pas connaître le nombre exact de professionnels et de volontaires déployés en renforts sur le territoire.

De son côté, Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires, s'interroge : « Si les professionnels partent de l'autre côté de la France pour faire du feu de forêt, qui va les remplacer ? » dans leur département. Une question qui met en lumière les tensions entre les deux statuts.

Le manque d'effectifs en cause

Pour David Saquet, tout est question de moyens. Selon lui, si les Sdis rechignent à libérer leurs pompiers professionnels, c'est parce que les casernes manquent de fonctionnaires. Un constat partagé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSPF), qui plaide pour davantage de recrutements.

En Gironde, la direction du Sdis 33 a même « demandé à tout le monde » de rentrer de vacances pour « se rendre disponible » pour le mégafeu parti de Saumos, raconte un sapeur-pompier girondin. Mais, selon lui, une partie d'entre eux n'a pas été envoyée sur cet incendie. « Ils perdent leurs vacances, ils perdent leur location, ils laissent leur famille sur le pas de la porte […] et puis on ne se sert pas d'eux. Ce n'est pas normal », déplore le pompier.

L'incompréhension face aux renforts étrangers

L'arrivée, en début de semaine, de sapeurs-pompiers ukrainiens, lituaniens et polynésiens en Gironde a renforcé l'incompréhension dans les rangs de certains syndicats. Xavier Boy, de la FA/SPP-PATS, première force syndicale des Sdis, s'agace de voir des renforts arriver par avion « alors que les départements limitrophes sont encore pleins de pompiers ». « C'est un sketch », souffle-t-il.

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Cette situation met en lumière les difficultés structurelles des Sdis, entre manque de moyens, gestion des effectifs et choix opérationnels. Les pompiers professionnels, eux, attendent des réponses concrètes pour que leur engagement soit pleinement reconnu.