Contraception : 40 à 60 % des prescriptions inadaptées selon une étude
Contraception : 40 à 60 % des prescriptions inadaptées

À l'occasion de la journée mondiale du cœur, la fondation Agir pour le Cœur des Femmes publie une étude préoccupante : dans un échantillon de femmes dépistées pour leur risque cardiovasculaire, 40 à 60 % des prescriptions de contraception œstroprogestative sont jugées inadaptées. En cause : des facteurs tels que l'hypertension, l'obésité ou le tabagisme, qui augmentent considérablement le risque d'AVC, d'infarctus ou d'embolie pulmonaire, mais qui ne sont pas pris en compte.

Quelles contraceptions sont concernées ?

Les contraceptions concernées sont dites œstroprogestatives : elles associent un œstrogène de synthèse et un progestatif. Pilule, anneau vaginal ou patch cutané, elles sont regroupées sous le terme de « contraceptions combinées ». En France, 35 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ayant une contraception remboursée utilisent une pilule œstroprogestative, soit 2,37 millions de femmes, selon une étude EPI-PHARE publiée en octobre 2025.

Ces contraceptions peuvent aussi être prescrites pour leurs effets thérapeutiques, notamment dans le syndrome des ovaires polykystiques, de l'endométriose ou de l'acné sévère. Mais ces bénéfices doivent être mis en balance avec les éventuels risques cardiovasculaires.

Quelles femmes sont concernées par ces contre-indications ?

La contraception combinée est notamment contre-indiquée en cas d'hypertension artérielle, d'hypercholestérolémie, de tabagisme après 35 ans, de malformation congénitale du cœur, de diabète ancien ou compliqué, d'obésité avec un IMC supérieur à 35. Sont aussi concernées les femmes âgées de plus de 45 ans et celles ayant des migraines avec aura (des troubles visuels ou de la parole).

Un antécédent personnel de thrombose, d'embolie, d'infarctus ou d'AVC constitue également une contre-indication. Il en va de même en cas d'antécédents cardiovasculaires précoces chez ses parents, frères ou sœurs. Enfin, dans les six semaines suivant la naissance d'un enfant, la femme ne doit pas prendre ce type de contraception, en raison d'une coagulation physiologique liée à l'accouchement.

Dans l'étude de la fondation, les facteurs de risque les plus fréquents sont l'hypertension, les antécédents cardiovasculaires familiaux au 1er degré, l'association âge et tabac ou obésité. Parmi le millier de dossiers étudiés, neuf femmes sur dix présentaient au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire. L'étude présente toutefois un biais de sélection : près de la moitié des femmes dépistées dans le Bus du cœur des femmes étaient en situation de précarité, avec plus de facteurs de risque et un suivi médical moins régulier.

Quels sont les risques ?

Prendre ce type de contraceptif tout en ayant l'une de ces contre-indications augmente considérablement le risque d'accident cardio-vasculaire, artériel ou veineux. « L'œstrogène de synthèse agit sur le foie et modifie l'équilibre des protéines de la coagulation, ce qui favorise la formation de caillots », explique la professeure de cardiologie Claire Mounier-Véhier. « Le fait de fumer tout en prenant une contraception œstroprogestative multiplie par trente le risque de faire un infarctus du myocarde », alerte la professeure de cardiologie. Ces chiffres correspondent à des estimations de risque relatif issues d'études scientifiques.

Que faire si je suis concernée ?

« Il est recommandé de consulter un médecin ou une sage-femme afin de réévaluer au plus tôt sa contraception. Il faut alerter à la fois les médecins et les femmes », insiste Claire Mounier-Véhier. Lors du rendez-vous pour une première contraception, qui est désormais remboursé par la Sécurité sociale, le médecin ou la sage-femme doit vérifier les antécédents de la jeune fille et de sa famille, faire un bilan biologique complet et vérifier sa pression artérielle. Ces éléments doivent être réévalués au cours du suivi car de nouveaux facteurs de risque peuvent apparaître. En France, 200 femmes décèdent chaque jour d'une maladie cardiovasculaire, d'après Santé publique France, soit une toutes les sept minutes.