Ce mardi 15 septembre, les syndicats de police Alliance Police nationale 30 et Un1té 30 organisent des rassemblements à Paris et à Nîmes pour dénoncer le manque de moyens et réclamer une revalorisation de leurs conditions de travail. Une quarantaine de fonctionnaires gardois devrait se déplacer à Paris, tandis qu'à Nîmes, un dépôt symbolique de menottes est prévu devant l'hôtel de police.
Des revendications communes après une rencontre jugée infructueuse
Les deux actions, bien que distinctes, portent les mêmes revendications. Elles font suite à la rencontre entre les organisations syndicales et le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le 4 septembre dernier, qui n'aurait débouché sur aucune avancée concrète selon les syndicats. « Aujourd'hui, l'heure est grave », soutient David Leyraud, superviseur national d'Alliance Police nationale, lors de sa venue à Nîmes ce vendredi 11 septembre.
Pour Alliance et Un1té 30, les policiers manquent de moyens alors que les missions se multiplient et que la violence progresse. « Et le Gard est particulièrement impacté par la violence, le trafic de stupéfiants et toutes les formes de délinquance et de criminalité qui prospèrent sur le territoire national », observe David Leyraud.
Un déficit d'effectifs criant dans le Gard
Mélissa Gil, secrétaire départementale d'Alliance Police nationale 30, pointe des réseaux criminels de plus en plus organisés : « Aujourd'hui, on nous demande de vaincre une délinquance, comme la DZ mafia, qui est mieux organisée que nous. » À Nîmes, Bagnols-sur-Cèze et Alès, elle estime qu'il faudrait 60 fonctionnaires supplémentaires, dont 30 dans les services judiciaires et 30 sur la voie publique. Concernant les arrivées annoncées dans le Gard, elles ne suffiraient pas : « Sur les 53 arrivées annoncées, il y a eu des départs, des mutations, donc au final, on est toujours en négatif », nuance-t-elle.
Au centre de rétention administrative (CRA), Un1té 30 estime qu'il manque 60 agents. « Pour la brigade nuit par exemple, ils sont huit fonctionnaires pour 130 retenus. Cela représente des difficultés au niveau de la sécurité de nos collègues, mais aussi pour le fonctionnement », dénonce Wissem Guesmi, secrétaire départemental adjoint d'Un1té 30.
Des enquêteurs submergés par les dossiers
Le manque d'effectifs pèse également sur les enquêteurs. Avec la priorité donnée aux affaires concernant les atteintes aux mineurs depuis l'affaire Lyhanna, certains services se retrouvent avec plusieurs centaines de dossiers à traiter. « Certains enquêteurs ont 400 dossiers à gérer. Et derrière chaque procédure, il y a une victime qui attend une réponse », souligne le représentant d'Un1té 30. « Aujourd'hui, si les services tiennent encore, c'est parce que les collègues compensent en permanence. Ils prennent sur eux, ils s'adaptent, ils font avec les moyens qu'ils ont. Mais la conscience professionnelle des policiers ne peut pas devenir la variable d'ajustement du manque d'effectifs », prévient-il.
Des revendications salariales et des annonces gouvernementales jugées insuffisantes
Les syndicats réclament également une revalorisation salariale, notamment de l'indemnité de sujétion spéciale police (ISSP), une sorte de prime de risque qui n'a pas évolué depuis 2019. Ils demandent une hausse de 28,5 % à 35 %. Ils souhaitent aussi généraliser certaines primes aux policiers travaillant sur la voie publique. « Un certain nombre d'agents qui sont sur la voie publique ne touche pas cette prime », dénonce David Leyraud, citant notamment la brigade d'assistance judiciaire (BAJ) et les CRS motards. Un1té 30 réclame, de son côté, la fin de la perte de 10 % de rémunération lors des arrêts maladie ordinaires ainsi que le déplafonnement de la bonification retraite.
Quant aux annonces faites par le Gouvernement, notamment une enveloppe de 240 millions d'euros supplémentaires en 2027 et la création de 970 emplois dans la police nationale, dont 700 dans l'investigation, ces mesures sont jugées insuffisantes par le syndicat Alliance. « Elles sont ridicules. Elles sont en deçà des enjeux auxquels nous sommes confrontés professionnellement. Et elles sont insuffisantes pour garantir la sécurité des personnes », estime David Leyraud. Le syndicaliste dénonce également le manque de moyens accordés à certains personnels : « On arrive à trouver de l'argent pour payer une hausse de salaire conséquente aux commissaires, mais on n'a pas un centime pour les administratifs, pas un centime pour les scientifiques, pas un centime pour les gradés et gardiens de la paix. »
Face à ce constat, les syndicats assurent qu'ils continueront de « mettre la pression tant qu'il n'y aura pas d'évolution dans les conditions de travail et dans les rémunérations », conclut notamment Wissem Guesmi.



