Au lendemain des violences urbaines du samedi 17 octobre à Montpellier, les commerçants du centre-ville décrivent un traumatisme profond. Une cinquantaine de commerces ont été pris pour cible et 14 ont été totalement pillés, selon le décompte de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), qui a déployé une dizaine d'agents de sécurité dans la soirée. Le président de la CCI, André Deljarry, parle d'un « cataclysme » que personne n'a vu arriver.
Des témoignages poignants de commerçants victimes
Wim Dewachter, présent avec son frère devant la vitrine dévastée de la boutique familiale de la Grand Rue Jean-Moulin, raconte encore tremblant la scène de pillage qu'il a vécue. Après avoir cassé la vitrine et soulevé la grille de protection, la centaine de casseurs s'est servie à volonté dans le magasin de vêtements pour hommes. La police, débordée, n'a pas pu intervenir. « C'est comme un viol ! On est une boutique familiale, ce n'est pas une grosse franchise. Ça fait cinq générations qu'on est là. On passe des heures ici. Certains m'ont dit tu te bats pour un smic mais c'est ma vie », confie-t-il.
Le jeune homme, présent dans la boutique au moment des faits avec son père, son frère et un vendeur, a essayé de défendre ce qui pouvait l'être. « On se sent impuissant. Mais je ne voulais pas me laisser faire. » Dans la confusion, il a été blessé à la tête et au genou. Conduit aux urgences, il a reçu plusieurs points de suture. « Des manifestants, des clients et des voisins ont été extraordinaires. Ils m'ont pris en charge pour m'escorter jusqu'au Samu. C'est vraiment touchant. Je les remercie. »
Des scènes de pillage d'une violence inouïe
Ludovic Moulin, commerçant depuis trente ans, nettoie les bris de vitre de la boutique Optic 2000 Grand rue Jean-Moulin. Plus une seule paire de lunettes ne subsiste sur les étalages. « J'ai fermé à 18 h. Une demi-heure après, l'alarme s'est déclenchée », explique-t-il. Il prédit des moments difficiles à venir. « Un jour un commerçant va finir par tirer une balle. Je suis habituellement très modéré. Mais là il faut être plus radical. Il ne faudra pas se plaindre quand le RN fera 45 % au premier tour. Il ne va rien se passer jusqu'à la présidentielle, après vous verrez, ce sera la guerre. »
Dans la boutique Foot Locker de la place de la Comédie, il ne reste presque rien des 8 000 produits en rayon. À peine quelques chaussures orphelines abandonnées au sol, au milieu d'un fracas de détritus et de verre brisé. « Il ne reste plus rien. Toutes les boîtes sont vides, jusque dans la réserve. Ils ont pris la caisse. Il n'y a plus rien ! », détaille Radouane El Batal, le manager. « C'est d'une violence inouïe. Ils n'ont pas fait que voler, ils ont tout détruit à l'intérieur », explique-t-il en pointant du doigt l'imposante porte sécurisée qui a été dégondée. « Même les pieds gauches qui étaient en exposition ont été volés. Ils vont faire quoi, avec une seule chaussure gauche ? Ça n'a aucun sens. C'est la catastrophe. »
Des commerces fermés pour plusieurs semaines
Le patron d'Häagen-Dazs, dont le point de vente passage du Triangle a été attaqué, ne décolère pas. Le mobilier a brûlé, tandis que les salariés sont restés un temps réfugiés derrière la grille de sécurité. « Mon fils s'est retrouvé coincé et a dû monter sur le toit ! On a eu très peur. » Il ajoute : « Je suis là-bas depuis 28 ans, je n'ai jamais connu une telle intensité de violence. J'ai vu des meneurs, mais aussi des très jeunes qui rigolent, qui dansent, qui prennent des vidéos… Ceux-là se rendent-ils comptent qu'ils cautionnent les débordements par leur présence ? »
Impossible pour l'heure de chiffrer le préjudice, mais il devrait atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros selon le manager du Foot Locker. La durée de fermeture sera, elle, de plusieurs semaines. La CCI a déployé depuis hier soir des agents de sécurité devant les magasins pillés. D'autres agents de sécurité seront réquisitionnés dans la journée pour protéger les commerces. André Deljarry, président de la CCI, s'est rendu à une réunion en préfecture ce dimanche matin.