Paris débaptise la place Maurice Barrès, la Lorraine hésite
Paris débaptise la place Maurice Barrès, la Lorraine hésite

La place Maurice Barrès, située dans le Ier arrondissement de Paris, va être rebaptisée. Mi-juillet, le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé qu'elle porterait désormais le nom de Lucie Dreyfus, l'épouse du capitaine Alfred Dreyfus. Cette décision fait suite à la polémique autour de l'écrivain Maurice Barrès (1862-1923), figure littéraire majeure mais aussi antisémite virulent et farouche opposant à la réhabilitation d'Alfred Dreyfus.

Un antisémite notoire dans l'affaire Dreyfus

Alfred Dreyfus, officier juif, fut condamné pour haute trahison en 1894 sur la base de preuves falsifiées, dans un climat antisémite. Il fut réhabilité en 1906 après une longue campagne de soutien. Maurice Barrès, alors député nationaliste, fut l'un des plus virulents antidreyfusards. En 1904, il écrivait : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race ». Dans une tribune publiée dans Libération, Emmanuel Grégoire et deux élus parisiens estiment que « même si la pensée de Maurice Barrès a évolué au cours de sa vie, ses mots ont laissé une terrible trace dans notre mémoire collective ».

En Lorraine, un héritage contrasté

En Lorraine, région natale de Barrès, de nombreuses rues et places portent son nom. À Frouard (Meurthe-et-Moselle), le maire William Graff confie n'avoir jamais été interpellé sur ce sujet : « On n'en a jamais trop parlé ». Il souligne que Barrès y est surtout connu comme Lorrain et ancien député. À Charmes (Vosges), sa ville natale, le maire Raphaël Michelet se dit défavorable à un retrait, déclarant à L'Est républicain : « Ici, on préfère retenir l'image d'un auteur de talent. On ne peut pas mettre en opposition les époques et raisonner aujourd'hui sans tenir compte d'hier ».

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Des voix discordantes et des mesures pédagogiques

À Verdun (Meuse), le maire socialiste Samuel Hazard dénonce : « Au-delà de son talent d'écrivain, il ne faut surtout pas oublier qui il était : un antisémite ». Il souhaite interdire l'attribution du nom de Barrès à des lieux, notamment un collège. À Nancy, la ville va apposer une plaque explicative dans la rue Maurice Barrès, baptisée en 1926, pour « faire œuvre de pédagogie », selon Bora Yilmaz, adjoint communiste chargé de la mémoire. Cette mesure s'appliquera également à d'autres figures controversées. L'historien Jean-Michel Wittmann rappelle que Barrès a été « une figure majeure de la vie littéraire et politique en France de la fin du XIXe siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale », salué comme patriote dans une France obsédée par la défaite de 1870.

Un débat national sur la mémoire

Cette décision parisienne relance le débat sur la place des figures controversées dans l'espace public. Si Paris a choisi de rebaptiser la place, la Lorraine reste partagée entre mémoire littéraire et rejet de l'antisémitisme. Bora Yilmaz conclut : « En fin de compte, [Barrès] est assez peu connu, surtout des jeunes générations ».

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