Le procureur de Bobigny, Alexandre de Bosschère, a reconnu mercredi soir que 17 mineurs interpellés lors du mouvement lycéen ou des mobilisations du week-end n'avaient pas été accueillis « dans des conditions acceptables » au dépôt du tribunal. Le barreau de Seine-Saint-Denis avait dénoncé des conditions « indignes » : cellules sales et froides, absence de matelas, couvertures de survie. En réponse, le magistrat a interdit l'utilisation nocturne des cellules individuelles destinées aux mineurs, jugées « trop petites pour cet usage ».
Une visite matinale du barreau révèle des manquements
Le barreau, qui représente plus de 670 avocats, avait sonné l'alarme à la mi-journée après une visite du dépôt avant 7h30 par quatre membres du conseil de l'Ordre délégués par la bâtonnière Sandrine Beressi. Le rapport de ce quatuor d'avocats conclut que 17 mineurs ont passé la nuit de mardi à mercredi « dans des conditions inacceptables ». Les avocats ont relevé « aucun matelas pour aucun d'entre eux, alors que des cellules collectives étaient vides, le froid, avec des tremblements chez au moins trois mineurs, des couvertures de survie pour seul équipement, des cellules sales, avec des déchets et bouteilles d'urine laissés par de précédents occupants, des banquettes trop courtes pour s'allonger ».
Des photos jointes au rapport, consulté par l'AFP, montrent deux mineurs allongés côte à côte à même le sol d'une cellule 27 carrelée. Le rapport mentionne : « Deux couvertures de survie sont disponibles, les deux indiquent avoir mangé des sandwichs, aucun kit d'hygiène n'a été proposé, un a vu un médecin ».
Le procureur justifie la procédure et restreint les présentations de nuit
Alexandre de Bosschère a argué que « la présentation au dépôt de nuit de 17 mineurs, chiffre très exceptionnel, s'explique par l'implication de 14 d'entre eux dans une seule et même procédure, pour des faits de vol aggravé dans un commerce de Saint-Denis », justifiant des investigations approfondies et un défèrement. Il a également affirmé que « les photographies présentant deux mineurs allongés dans une cellule individuelle avaient été prises après le début des opérations matinales de nettoyage, qui contraignent les policiers à regrouper les personnes déférées ».
Le procureur s'est engagé à veiller à ce « que les présentations de nuit de mineurs soient strictement limitées à des situations exceptionnelles, comme prévu lors de l'engagement pris en 2025 ». Par ailleurs, l'utilisation nocturne des cellules individuelles destinées aux mineurs est désormais interdite.
Le barreau dénonce la circulaire Darmanin, les mineurs remis en liberté
Pour le barreau, la situation dénoncée est « la conséquence directe » de la circulaire adressée le 2 octobre par le ministre de la Justice Gérald Darmanin aux procureurs, qui les a appelés à une « réponse pénale ferme et rapide ». Aux cris de « libérez nos élèves », quelque 200 manifestants s'étaient réunis en fin de matinée devant le tribunal. La mère d'une lycéenne ayant passé la nuit en cellule avait déclaré : « Je viens de voir ma fille en train d'être menottée pour être mise face au mur. Je vois qu'elle est traumatisée. C'est une enfant sans histoire ».
L'avocate Elsa Marcel, porte-parole de Révolution permanente, s'est félicitée sur Instagram de la remise en liberté de « tous » les mineurs. « Ils ont enfermé tellement de jeunes dans ce dépôt qu'au final […] ils n'ont pas réussi à les présenter devant un juge dans les délais réglementaires, donc ils sont tous sortis en même temps ». Le dépôt de Bobigny, situé au sous-sol du palais de justice, avait déjà été au cœur d'un scandale en 2024, lorsqu'une jeune femme avait accusé deux policiers de l'y avoir violée. Le parquet s'était alors engagé à ce qu'aucun mineur n'y passe la nuit, sauf circonstances exceptionnelles. Des travaux de construction de nouveaux locaux doivent débuter en novembre.