Face aux émeutes et aux pillages qui ont marqué la journée de mobilisation du 17 octobre, les forces de l'ordre multiplient les appels aux témoins pour recueillir des vidéos amateurs. À Paris, dans le Var et à Bordeaux, les habitants sont invités à transmettre leurs images pour aider les enquêteurs à identifier les auteurs de violences, de dégradations et de pillages. Si ce dispositif est présenté comme un outil essentiel par les autorités, il suscite également des critiques, notamment de la part d'un avocat qui y voit le symbole d'une « défaite policière ».
Une plateforme dédiée à Paris et un appel sur X
La préfecture de police de Paris a lancé mardi une plateforme dédiée à l'envoi d'images. Selon Michel Lavaud, directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, les vidéos sont « un axe essentiel de nos enquêtes ». Dès lundi, le préfet de police Patrice Faure avait appelé sur X « toutes les personnes témoins de violences ou de dégradations à transmettre les vidéos aux services de police ». Il a également annoncé la mise en place d'une « task force » chargée de « passer au peigne fin tous les signalements et toutes les images disponibles, qu'elles proviennent de la vidéoprotection, des caméras des commerces ou des réseaux sociaux ».
Des enquêteurs mobilisés sur 80.000 caméras
Depuis le week-end, des enquêteurs de l'unité d'expertise vidéo de la préfecture de police de Paris épluchent les heures d'images captées par les 80.000 caméras de surveillance de la voie publique et des réseaux de transports franciliens. Un travail considérable auquel s'ajoutent les vidéos postées sur les réseaux sociaux. La journée de mobilisation contre la vie chère du 17 octobre a dégénéré en émeutes et pillages dans plusieurs villes, avec environ 3.000 commerces pillés et dégradés en marge des manifestations.
Dans le Var, une adresse mail dédiée
Dans le Var, la police a diffusé une adresse mail pour transmettre photos et vidéos de la manifestation qui s'est déroulée samedi à Toulon. La préfecture du département a indiqué mercredi sur X que « chaque contribution peut aider les enquêteurs à faire progresser leurs investigations ». L'adresse temoinpolice83@interieur.gouv.fr a été mise à disposition pour recueillir les images. À Toulon, des mesures ont été prises pour empêcher un nouveau samedi chaotique, notamment un couvre-feu, des restrictions sur les transports en commun et la fermeture des terrasses de café.
À Bordeaux, des retours jugés utiles
À Bordeaux, où la résidence préfectorale a été saccagée et près de 40 magasins ont été vandalisés et pillés, avec des dégâts estimés entre 8 et 10 millions d'euros, les habitants et témoins ont aussi été appelés à transmettre leurs vidéos. Une source policière a indiqué mercredi à l'AFP que « cela fonctionne, on a eu beaucoup de retours, des images centralisées par les équipes judiciaires », dénombrant 38 photos ou vidéos transmises sur la journée de mardi. « On a toujours des interpellations en cours, c'est sûr que ça aide à corroborer les informations, ça nous est très utile », a-t-elle souligné.
Des critiques sur le dispositif
Me Romain Ruiz, avocat et cofondateur du collectif Colère noire, estime que ces appels à témoin sont « le symbole d'une défaite policière ». Il critique le manque d'effectifs de police qui oblige à « faire appel à la mobilisation citoyenne ». Il juge l'initiative « risquée » : hacking, volume important d'images qui va « retarder l'action policière » et enquêtes orientées « par des témoignages qui ne peuvent pas être fiables ». Il dénonce également un ministère de l'Intérieur qui propose « uniquement comme réponse à la colère sociale la violence et la délation ».
La procureure de Paris appelle les témoins
Mardi sur RTL, la procureure de Paris Laure Beccuau a appelé tous les témoins qui auraient des images des violences et dégradations commises « à prendre attache au commissariat le plus proche de leur domicile ». Grâce à l'exploitation de ces images, « les délinquants qui quittent le territoire parisien en ayant perpétré les pires des forfaits » ne pourront plus dire « +pas vus, pas pris, je peux m'en vanter, je serai impuni+ », a-t-elle appuyé. Ce dispositif, bien que critiqué, semble donc s'inscrire dans une stratégie plus large de lutte contre l'impunité.