Larzac : réhabilitation des lavognes, oasis menacées par le climat
Larzac : réhabilitation des lavognes, oasis menacées

Le Parc naturel régional des Grands Causses engage cet automne la restauration d'une quinzaine de lavognes, ces mares artificielles emblématiques du plateau du Larzac, grâce à un cofinancement de 435 000 euros issu de la seconde édition du jeu de grattage « Mission Nature » de l'Office français de la biodiversité (OFB). Ce chantier, soutenu par l'INRAE, vise à préserver l'écosystème et à soutenir l'élevage local face aux sécheresses de plus en plus intenses.

Un chantier participatif au domaine de la Fage

À genoux sur le sol pierreux du domaine expérimental de la Fage, des lycéens s'activent pour sauver un morceau d'histoire. Bottes aux pieds et outils en main, les élèves du lycée professionnel agricole Martin Luther King de Narbonne ont prêté main-forte aux agents d'entretien du Parc naturel régional des Grands Causses. Ce chantier participatif pilote, initié par l'INRAE, marque le coup d'envoi concret d'une vaste campagne de reconquête des zones humides caussenardes.

Pour ces futurs agriculteurs et gestionnaires de l'environnement, l'exercice est aussi technique que symbolique : réapprendre les gestes ancestraux pour répondre aux défis climatiques de demain. Les travaux consistent à réparer les fonds de cuvette dont l'étanchéité à l'argile s'est dégradée avec le temps, débroussailler les abords et chasser les espèces exotiques envahissantes.

Une quinzaine de nouveaux sites en chantier

Cette mobilisation sur le terrain n'est que la face visible d'un plan d'action bien plus vaste. Après une première phase réussie qui a vu la réhabilitation de huit points d'eau – dont la lavogne monumentale de La Couvertoirade –, le Parc naturel régional des Grands Causses engage cet automne la restauration d'une quinzaine de sites supplémentaires. L'enjeu est de taille : réparer les fonds de cuvette dont l'étanchéité à l'argile s'est dégradée avec le temps, débroussailler les abords et chasser les espèces exotiques envahissantes, comme les poissons rouges introduits par malveillance, qui asphyxient ces écosystèmes.

Le programme de réhabilitation du réseau de mares du Larzac a été sélectionné par l'OFB dans le cadre de la seconde édition du jeu de grattage « Mission Nature ». Sur un budget global estimé à près de 700 000 euros, cette enveloppe citoyenne apporte un cofinancement majeur de 435 000 euros. Une bouffée d'oxygène financière qui vise à pérenniser ces chantiers qui demandent une main-d'œuvre qualifiée et de longs travaux de terrassement.

L'eau, le nerf de la guerre face au défi climatique

Au-delà du sauvetage patrimonial, c'est l'avenir même du modèle économique et écologique du Larzac qui se joue ici. Sur ce vaste plateau calcaire où l'eau s'infiltre immédiatement dans le sous-sol, les lavognes – ces mares artificielles pavées – ont longtemps été le seul moyen d'abreuver les troupeaux de brebis Lacaune, piliers de l'AOP Roquefort. Dans un contexte marqué par des sécheresses estivales de plus en plus intenses, recréer un maillage fonctionnel de points d'eau répond à une double urgence : garantir l'autonomie des éleveurs face aux tensions hydriques tout en préservant des oasis de fraîcheur indispensables à la survie de la biodiversité locale, des amphibiens aux insectes aquatiques.

Le « poison » rouge des mares

Chargé de mission biodiversité au Parc des Grands Causses, Jérôme Bussière profite de cette campagne pour lancer un appel à la vigilance civique. En cause ? L'introduction clandestine de poissons rouges dans ces espaces protégés. « Il ne faut surtout pas introduire des espèces dans un milieu naturel comme les mares et les lavognes », rappelle-t-il. Pensant parfois réguler les moustiques, les particuliers qui y abandonnent leurs poissons commettent un désastre écologique : ces espèces invasives dévorent les larves de tritons et de grenouilles, annihilant la biodiversité que le Parc tente précisément de sauver.