Monaco : 18 mois ferme pour une fausse policière de 20 ans
Monaco : 18 mois ferme pour une fausse policière

Le tribunal correctionnel de Monaco a condamné ce mercredi 5 août une jeune femme de 20 ans à 18 mois de prison ferme pour des escroqueries commises le week-end dernier auprès de deux résidentes de la Principauté. L'une des victimes, âgée de 74 ans, avait notamment remis plusieurs bijoux en or, sa carte bancaire et les clés de son domicile à la fausse policière.

Un mode opératoire récurrent

Cette affaire illustre une nouvelle fois le fléau des escroqueries au faux policier qui touche Monaco. Le 2 août, deux résidentes ont été contactées par téléphone par un individu se faisant passer pour un policier, prétextant une escroquerie dont elles seraient victimes. Une jeune femme, se présentant également comme policière, s'est ensuite présentée à leur domicile pour « sécuriser » leurs biens.

Pour l'une des victimes, une octogénaire, seule sa carte bancaire a été photographiée avant que l'insistance des interlocuteurs n'éveille ses soupçons. La seconde, âgée de 74 ans, a remis des bijoux en or, sa carte bancaire et même les clés de son domicile. C'est son mari, qui visionnait à distance la caméra de surveillance du domicile, qui a alerté la Sûreté publique, permettant l'interpellation immédiate de la jeune femme dans un véhicule, dans la nuit du 2 au 3 août, en possession des objets volés.

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Une jeune recrue naïve ou manipulatrice ?

Meïssa H., 20 ans, originaire de Strasbourg et sans antécédent judiciaire, a comparu en comparution immédiate. Elle est apparue tremblotante et en pleurs, se présentant comme « une simple fille qui a été naïve auprès de personnes qui m'ont promis de l'argent facile et, surtout, qui ont menacé de diffuser des vidéos intimes de moi ou de s'en prendre à mon petit frère ».

Le président du tribunal, Thierry Deschanels, a cherché à comprendre les rouages du réseau. Meïssa H. a expliqué avoir été recrutée via Snapchat par un anonyme, avec la promesse d'un « bon plan » et de vacances tous frais payés sur la Côte d'Azur pour transporter de l'argent. Elle a accepté, incluant deux amies, et les commanditaires lui ont versé de l'argent pour louer une voiture en Allemagne et deux logements via Airbnb près de Monaco. Elle affirme avoir été menacée lorsqu'elle a compris la nature des activités.

Cependant, le président a rétorqué : « Votre téléphone a été exploité, on voit les échanges avec vos commanditaires, mais les menaces n'apparaissent nulle part en procédure. Et vous avez continué ! » Il perçoit un « discours de victimisation » et la soupçonne même d'être recruteuse pour le réseau.

Des victimes marquées

Me Lionel Dick, avocat d'une victime, a exprimé son indignation : « Je suis effaré par le manque d'empathie et je ne sais pas quelle crédibilité donner aux excuses de circonstances présentées ici. Le préjudice moral de ma cliente, à la santé très fragile, est conséquent. » Il a réclamé 3 000 euros de dommages et intérêts.

Le premier substitut du procureur général, Mathias Marchand, a requis 18 mois de prison ferme, une interdiction de séjour à Monaco pendant 5 ans et la confiscation du téléphone portable. Il a souligné : « Les criminels ont utilisé les identités de vrais policiers et, ici à Monaco, les victimes ont une totale confiance en leur police. La prévenue, qui avait reconnu les faits en garde à vue, semble aujourd'hui se retrancher derrière sa naïveté et de supposées menaces. On a bien affaire ici à un escroc, avec une participation active, et celle-ci cherche à manipuler le tribunal. Sans interpellation, elle aurait commis d'autres escroqueries. »

En défense, Me Eva Barilaro-Fabre a plaidé la relaxe sur les infractions d'escroquerie, estimant que sa cliente n'était pas la bénéficiaire finale du butin et n'avait pas appauvri le patrimoine des victimes, demandant une requalification en complicité de tentatives ou association de malfaiteurs. Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public, sauf sur la durée de l'interdiction de territoire (10 ans) et a accordé 2 000 euros de dommages et intérêts à la victime.

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Un contexte de sensibilisation

Cette affaire survient alors que la Sûreté publique avait adressé 6 000 courriers de sensibilisation aux Monégasques et résidents de plus de 75 ans fin juillet, après une escroquerie d'un million d'euros de bijoux. Eric Arella, à la tête de l'institution, avait rappelé : « Aucune banque, aucune administration, ni aucun service de police ne vous demandera jamais de communiquer vos codes confidentiels, d'effectuer un paiement immédiat, un virement ou de remettre vos biens de valeur. » Malgré ces avertissements, les escroqueries persistent, ciblant une population fragile.