Le tribunal correctionnel de Grasse a condamné ce lundi un homme de 48 ans à vingt mois d'emprisonnement pour avoir menacé des policiers et s'être rebellé lors de son arrestation, à Cannes, le 5 juillet dernier. Le prévenu, identifié comme A., a également vu son maintien en détention prononcé à l'issue de l'audience. Sur les quatorze condamnations figurant à son casier judiciaire, huit concernent des menaces ou agressions envers des policiers ou des gendarmes.
Une interpellation mouvementée à Cannes
Les faits se sont déroulés en début d'après-midi, dans le quartier de la Bocca, à Cannes. Les forces de l'ordre avaient été appelées pour un signalement de différend familial. À leur arrivée, les policiers, en véhicule banalisé, ont décliné leur qualité à haute voix. Selon la présidente du tribunal, Mariel Dubreuil, « les policiers étaient descendus d'un véhicule banalisé et avaient énoncé leur qualité à haute voix, vous les identifiez tout de suite comme policiers ».
Au lieu de se rendre, A. a pris la fuite, passant par un portillon qu'il a bloqué, puis escaladant une grille en fer, se blessant aux mains au passage. Les policiers ont fait usage de leur taser, sans succès. Il a finalement été rattrapé quelques centaines de mètres plus loin, après une course-poursuite mouvementée. L'arrestation a été difficile, la présidente décrivant un prévenu « déchaîné ». Le frère de l'homme est également arrivé sur les lieux, muni d'une poutre d'un mètre quatre-vingt, menaçant les policiers.
Un casier judiciaire lourd
À la barre, A. a tenté d'expliquer son comportement : « J'ai paniqué, j'ai pété les plombs quand ils ont utilisé le taser. » Il a également déclaré : « J'avais un problème, dès que je voyais du bleu ça me rendait malade. Aujourd'hui, quand je vois un policier ça va. » La présidente a souligné que sur ses quatorze condamnations, huit avaient pour victimes des policiers ou des gendarmes, un chiffre qui a suscité de vives réactions dans la salle.
La procureur Ludivine Counoy-Nicolle a dénoncé « un sentiment d'impunité inquiétant », soulignant que « le fait que plusieurs équipages aient dû intervenir est rare ». En effet, six appels en renfort ont été nécessaires pour maîtriser le prévenu. « On imagine la terreur des policiers qui intervenaient pour des violences intrafamiliales », a-t-elle ajouté.
La défense plaide la reconnaissance des torts
L'avocate de la défense, maître Elif Kayi-Chasseur, a plaidé pour son client : « Mon client reconnaît ses torts. On n'est pas dans une haine froide de la police. » Elle a insisté sur le contexte de panique et de douleur, évoquant un « comportement irréfléchi » plutôt qu'une préméditation. Malgré ces arguments, le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public, condamnant A. à vingt mois d'emprisonnement et ordonnant son maintien en détention.
Un contexte de violences intrafamiliales
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de violences intrafamiliales, un sujet sensible dans la région. Les policiers intervenaient pour un différend familial, une mission à haut risque selon les syndicats de police. Cette affaire met en lumière les difficultés rencontrées par les forces de l'ordre lors de ce type d'interventions, et la récidive de certains individus.
La condamnation de A. intervient alors que le débat sur la protection des forces de l'ordre est vif. Récemment, une proposition de loi du député azuréen Éric Pauget, visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, a été adoptée à l'Assemblée nationale. Cette affaire pourrait relancer les discussions sur la nécessité de renforcer les sanctions contre les outrages et violences envers les policiers.



