Affaire Bardella : Mediapart publie des écrits antisémites, le RN contre-attaque
Affaire Bardella : écrits antisémites, le RN contre-attaque

Le site d'investigation Mediapart a publié, lundi 29 septembre, des messages privés à caractère antisémite et conspirationniste attribués à Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN). Ces écrits, qui dateraient de l'été 2013, ont immédiatement provoqué une onde de choc politique, alors que Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle de 2027, voit sa campagne perturbée par cette nouvelle controverse. Jordan Bardella, qui conteste formellement l'authenticité de ces messages, a annoncé porter plainte pour diffamation, tandis que le RN tente de faire bloc derrière son président.

Des messages privés datant de 2013 exhumés par Mediapart

Selon Mediapart, qui dit avoir examiné des dizaines de messages privés, Jordan Bardella, alors âgé de 17 ou 18 ans et militant actif du Front national (ancêtre du RN), aurait tenu des propos antisémites et complotistes. Le média d'investigation ne révèle pas l'identité des destinataires de ces échanges. L'un des messages attribués à Jordan Bardella affirme notamment : « Toutes les banques appartiennent à des juifs. Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur ». Il aurait également pris pour cible des personnalités comme Pierre Moscovici et affiché son soutien au polémiste Dieudonné.

Le président du RN qualifie ces écrits de « faux grossiers », tandis que Mediapart affirme les avoir authentifiés. L'enquête révèle par ailleurs que Jordan Bardella, à qui l'on prête de longue date des connexions avec l'extrême droite radicale, cultivait à l'époque une fascination pour Alain Soral. « Ce n'est pas un idéologue comme un autre, souligne Valérie Igounet, historienne et politologue spécialiste de l'extrême droite en France. C'est un négationniste, antisémite notoire qui a été condamné à de multiples reprises pour incitation à la haine raciale. »

Le RN face à son passé sulfureux

Ces révélations interviennent dans un contexte délicat pour le RN, qui a officiellement rompu avec l'héritage du Front national, cofondé par des figures de la collaboration et d'anciens Waffen-SS. Jean-Marie Le Pen, ancien président du parti, a été exclu en 2015 par sa fille Marine Le Pen après de multiples dérapages. Depuis l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011, la stratégie de « dédiabolisation » a porté ses fruits auprès de la société civile, comme l'explique Valérie Igounet : « On l'a vu lors de la marche contre l'antisémitisme après le 7-Octobre, le RN a été accepté dans le cortège, mais elle n'a pas fonctionné en interne, lors des campagnes électorales, des médias s'intéressent aux profils sulfureux de certains candidats, négationnistes ou antisémites. La génération de Marine Le Pen n'est pas du tout celle de Jean-Marie Le Pen, mais il y a toujours des brebis galeuses. »

Ce terme de « brebis galeuses », souvent utilisé par Jordan Bardella, lui revient aujourd'hui comme un boomerang. Selon Valérie Igounet, qui travaille également à l'observatoire du complotisme Conspiracy Watch, le mal pourrait être plus profond au sein du parti : « À la question “est-ce qu'il existe un complot juif sioniste mondial”, ce sont les électeurs et militants du RN qui sont les plus perméables. »

Réactions politiques et impact sur la campagne présidentielle

La classe politique a rapidement réagi à ces révélations. Aurore Bergé, ministre chargée de la lutte contre les discriminations, a déclaré : « Ces écrits, s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité. Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l'oublier, la nature profonde de l'extrême droite. » Marine Tondelier, cheffe de file des Écologistes, a estimé que « l'homme qui se présente aujourd'hui comme le plus grand défenseur des juifs et juives de France est en réalité un antisémite obsessionnel », et a réclamé la démission de Jordan Bardella.

Jordan Bardella, qui se présente comme une victime d'une « manipulation » et d'une tentative d'« assassinat politique », a porté plainte pour diffamation. Marine Le Pen lui a réaffirmé mardi sa « confiance absolue », tout en menaçant Mediapart de représailles, dans une dialectique guerrière que le site d'information a qualifiée de « violence sidérante ». Valérie Igounet estime que « si ces faits sont avérés – il les conteste – à quelques mois de la présidentielle, c'est un peu compliqué pour lui, il sera dans une situation délicate ». L'impact sur l'électorat plus large et modéré que Marine Le Pen espère séduire au second tour reste incertain, tout comme la possibilité que Mediapart publie d'autres révélations. Les prochaines enquêtes d'opinion permettront d'évaluer l'effet de cette controverse sur la campagne présidentielle.