Line Péron, enfant du Débarquement, témoigne au centre Juno Beach
Line Péron, enfant du Débarquement, témoigne au Juno Beach

Line Péron, 88 ans, a grandi à Courseulles-sur-Mer pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce mercredi 13 mai, elle est revenue dans sa ville natale pour découvrir l'exposition « Mon enfance - 1939-1945 » au centre Juno Beach, à laquelle elle a contribué en faisant don de quelque 200 objets personnels.

Un témoignage précieux pour les générations futures

« Il n'était pas question de les garder pour moi. Mes filles ont pris le relais pour assurer le transfert. Il faut que les jeunes sachent ce que c'était que la guerre », déclare Line Péron. Elle tient dans ses mains un carnet épais, rempli de notes et de photos qu'elle a compilées après sa retraite. « Enfant, j'avais pris quelques notes mais c'est à ma retraite que je me suis mise à écrire sur mon enfance, en illustrant de plein de photos, comme on dirait aujourd'hui, exclusives », raconte-t-elle en souriant. Au centre Juno Beach, on souligne la richesse de ce témoignage, qui éclaire la mémoire civile, un enjeu croissant ces dernières années.

Le souvenir le plus marquant

La voix de Line se tord lorsqu'elle évoque son souvenir le plus fort. « Mon père voulait photographier le premier char canadien dans Courseulles. Un soldat en est sorti, armé. Il a pris l'appareil pour en retirer la pellicule. J'ai vraiment cru qu'il allait le tuer. » Le commandement allié interdisait les photos pour ne laisser aucune trace en cas de retraite. Peu avant, son père avait tout de même réussi à immortaliser le passage de troupes à pied.

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Line et sa famille vivaient dans le logement de fonction de l'école, ses parents étant instituteurs. De là, ils ont assisté « au défilé de matériel militaire, sans arrêt, de jour comme de nuit », après le Débarquement. Le 6 juin 1944, la famille entend un grand bruit vers 2 ou 3 heures du matin. « Mon père a dit d'attendre pour aller dans l'abri. Mais il y a eu une amplification considérable du bruit. On a compris que c'était le Jour J. On est alors allé se mettre en sécurité », se souvient-elle.

La libération et l'espoir

Courseulles-sur-Mer est libérée en quelques heures. Line et ses proches remontent à la lumière du jour vers 8 heures, restant chez eux pour ne pas gêner l'activité intense dans les rues. Dans ses yeux d'enfant, « la guerre était terminée ». Mais début juillet, elle voit une grande quantité d'avions briller dans le ciel. « Je trouvais ça joli. On m'a dit qu'ils allaient bombarder Caen. J'ai compris que ce n'était pas encore fini… »

Un an plus tard, pour rendre hommage aux alliés, sa grand-mère a cousu des drapeaux avec les moyens du bord. Ils trônent aujourd'hui dans l'exposition. « Le drapeau actuel du Canada n'existait pas, donc on a brodé celui du Commonwealth et collé le blason du régiment canadien qui avait libéré la ville. On a aussi fait le drapeau soviétique, dit Line. Mon grand-père disait : s'ils n'avaient pas libéré le front est, on n'en serait pas là. »

Une enfance heureuse malgré l'Occupation

Line insiste sur sa chance d'avoir eu « une enfance heureuse, choyée par mes parents », malgré les restrictions. « On a appris la débrouille pour tout ! confie-t-elle. Fabriquer du savon, travailler la laine, fabriquer des vêtements, râper la chicorée, moudre des grains d'orge… Toutes ces expériences me passionnaient. »

Transmettre la mémoire

En 2021, la famille a fait don des archives au musée. « Maman nous a toujours parlé de cette histoire, rappellent ses filles avec émotion. Toute notre famille a eu cette volonté de transmettre et rendre hommage. On trouve l'exposition émouvante, notamment la lecture du carnet par des voix d'enfants. » Line conclut : « Quand on voit les guerres actuelles, on peut avoir des doutes sur le fait de faire ces expositions pour que ça ne se reproduise pas. Mais il faut au moins essayer d'en convaincre les jeunes. »

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