Hommage poignant de l'ex-recteur de Nice aux jeunes victimes de l'attentat
Hommage de l'ex-recteur de Nice aux enfants victimes

Emmanuel Ethis, recteur de l'académie de Nice de 2015 à 2019, a publié un texte poignant dans Nice-Matin le 21 juillet 2026, en mémoire des 86 victimes de l'attentat du 14-Juillet 2016, dont quinze enfants et adolescents décédés et des dizaines de jeunes blessés. Ce témoignage intervient alors que Nice vient de commémorer les dix ans de l'attaque sur la Promenade des Anglais.

Le symbole de la chaise vide

Dans son récit, Ethis évoque la rentrée de septembre 2016 dans une école de l'ouest niçois : « Une chaise vide, au troisième rang, près de la fenêtre. En cette rentrée de septembre 2016, dans une école de l'ouest niçois, le nom reste écrit sur l'étiquette du pupitre. Je m'arrête devant cette chaise, je regarde les autres enfants s'installer autour d'elle, et je comprends que la rentrée entière va se jouer là, dans cet espace vide et habité, où l'absence prend toute la place. »

Le 14 juillet 2016, vers 22h30, un camion a foncé sur la foule promenade des Anglais pendant que les derniers bouquets du feu d'artifice retombaient dans le ciel. « La fureur dure quelques minutes, brutale et aveugle. Puis vient le silence, immense et terrible, celui d'une ville entière qui retient son souffle sur près de deux kilomètres de bitume. »

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Le bilan humain

Le bilan officiel fait état de 86 morts, dont quinze enfants, certains fauchés dans une poussette ou tenant la main d'un frère ou d'une sœur. On dénombre 458 blessés. Dans les mois qui ont suivi, 700 enfants ont été suivis par les psychologues de l'hôpital pour enfants. Un quart des victimes indemnisées étaient des écoliers ou des collégiens. « Chaque chiffre porte un visage », écrit Ethis.

Face à cette chaise vide, les mots administratifs et les circulaires préparées pour la rentrée paraissaient dérisoires. « La parole, ce matin-là, atteint sa limite. » Une institutrice a alors eu une idée simple : distribuer des feuilles et des couleurs, et demander aux enfants de dessiner ce qu'ils voulaient, en toute liberté. « Un enfant dessine un feu d'artifice entier, fait d'étoiles et de couleurs, un ciel dégagé de toute menace. Un autre dessine une chaise, la même chaise vide, entourée de fleurs. »

L'éducation artistique comme réponse

Pour Ethis, désormais délégué interministériel à l'éducation artistique et culturelle, cette expérience a été fondatrice : « Les mots trouvent leur limite devant certaines douleurs, et l'éducation artistique commence exactement là, au bord de cette limite. Un enfant qui dessine sa peur la transforme en une forme qu'il peut regarder, une forme qu'il peut poser hors de lui. »

Il conclut : « La chaise du troisième rang change d'occupant, une année plus tard, comme toutes les chaises vides finissent par accueillir un autre enfant. Le nom sur l'ancienne étiquette, je le porte depuis, avec lui les quinze noms de tous les enfants de cette nuit de juillet. Je garde de cet été une conviction simple : un enfant que les mots ont quitté trouve un crayon et un geste, et c'est par ce chemin que l'école le retient du côté de la vie. »

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