Le tribunal de Paris a condamné, vendredi 12 septembre 2026, Ilyas Kherbouch, dit « Ganito », à neuf ans de prison ferme avec maintien en détention. Il était poursuivi pour avoir commandité depuis sa cellule le violent home-jacking du gardien de but italien Gianluigi Donnarumma et de sa compagne, survenu en juillet 2023 dans leur appartement de l'avenue Montaigne, à Paris. Le parquet avait requis dix ans d'emprisonnement contre ce jeune homme de 21 ans, connu pour son évasion spectaculaire de la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) en mars dernier.
Un cambriolage d'une rare violence
Dans la nuit du 21 juillet 2023, le couple, absent au procès, est tiré du lit et ligoté. Gianluigi Donnarumma est frappé à coups de gants coqués jusqu'au sang, tandis que ses agresseurs hurlent « L'argent, les montres ! ». Sa compagne, Alessia Elefante, alors enceinte, est étranglée avec un câble de chargeur de téléphone. Les sept hommes, dont certains n'ont pas été identifiés, ont dérobé en quelques minutes espèces, bijoux, montres et sacs de luxe, pour un préjudice estimé par le footballeur à un peu moins d'un million d'euros.
Le procureur a souligné que ce cambriolage s'est déroulé dans l'un des quartiers les plus chics de la capitale, ciblé par « une délinquance de plus en plus juvénile ». Il a également énuméré les noms des sept célébrités visées par des home-jackings entre 2022 et 2025 dans l'ouest parisien, dont Ilyas Kherbouch et Khyan M. sont impliqués dans au moins deux.
Deux morts collatérales et une relaxe
Le ministère public a rappelé que cette affaire a entraîné « deux morts collatérales » : l'enfant qu'attendait Alessia Elefante, dont la fausse couche survenue peu après le cambriolage est attribuée au choc, et le suicide, le 10 mai 2024, dans sa cellule à Fresnes (Val-de-Marne), d'un homme présent le soir des faits, menacé pour avoir été une « balance ». Ce dernier était l'ami d'enfance du seul prévenu présent avenue Montaigne, Moktar D., chargé de faire le guet, qui a été condamné à cinq ans de prison dont deux avec sursis probatoire.
En revanche, Khyan M., 22 ans, considéré par l'accusation comme le second commanditaire du home-jacking, a été relaxé. Le parquet avait requis neuf ans de prison à son encontre. Son avocate, Me Céline Dadouat, s'est dite « satisfaite et soulagée » à l'issue du délibéré, prononcé aux alentours de 1 heure du matin, estimant que le tribunal « a pris le temps d'examiner les faits, les preuves et les incertitudes ».
Un procès sous tension
La première journée d'audience, jeudi, a été marquée par l'attitude chaotique d'Ilyas Kherbouch, qui a copieusement insulté les policiers, incapable de « gérer sa frustration » après l'expulsion de ses frères de la salle. Son avocat, Me Ugo Valls, avait alors souligné la difficulté pour son client de s'expliquer, « enfermé aux côtés de ses bourreaux ». La seconde journée s'est déroulée dans un climat apaisé, après les excuses d'un « Ganito » métamorphosé.
Le jeune homme, au visage juvénile, est revenu dans l'après-midi sur son enfance marquée par les violences répétées de son père, et sur sa cavale, décrite comme une « bouffée d'oxygène ». Incarcéré depuis l'âge de 14 ans, il ne pourra sortir de prison qu'en avril 2043, selon les calculs du procureur, qui lui a reconnu une capacité « d'élocution » et « d'intelligence » bien éloignée de son attitude de la veille. Malgré ses dénégations persistantes, les échanges et vidéos retrouvés sur les téléphones qu'il utilisait en détention ont été examinés par le tribunal. Me Alfred Reboul, son avocat, a regretté auprès de l'AFP que « le climat qui a entouré ces deux jours – et l'emballement qui l'a accompagné – a rendu difficile tout examen serein d'un dossier qui, pourtant, appelait précision et mesure ».



