L'exfiltration du maire d'Alès, Max Roustan, le 24 juillet 2024, a mis en lumière un problème de taille : la qualification de la DZ Mafia comme «mafia» par l'État lui-même. Pour le sociologue et spécialiste du crime organisé, Jean-Pierre Darras, cette reconnaissance est «problématique car c'est une forme d'adoubement».
Une opération d'exfiltration spectaculaire
Le maire d'Alès, Max Roustan, a été exfiltré de sa ville par les forces de l'ordre après que la DZ Mafia, un groupe criminel local, a menacé de l'enlever. L'opération, menée par le GIGN, a eu lieu dans la nuit du 23 au 24 juillet 2024. Selon une source policière, «les menaces étaient crédibles et immédiates».
La DZ Mafia, active principalement dans le sud de la France, est connue pour ses activités de trafic de drogue, d'extorsion et de violence. Le groupe a récemment étendu son influence à Alès, une ville de 40 000 habitants dans le Gard.
La qualification de «mafia» en débat
L'utilisation du terme «mafia» par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, lors d'une conférence de presse le 24 juillet, a suscité des critiques. Darras explique : «En qualifiant la DZ Mafia de mafia, l'État lui donne une légitimité qu'elle n'a pas. C'est un groupe criminel violent, mais il n'a pas la structure ni l'ancrage territorial d'une mafia traditionnelle comme la 'Ndrangheta ou la Cosa Nostra.»
Selon un rapport de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), la DZ Mafia compte environ 200 membres actifs, principalement issus de la communauté algérienne. Le groupe est impliqué dans 70% des règlements de comptes à Marseille en 2023, selon une source judiciaire.
Les conséquences de cette reconnaissance
Pour le criminologue Xavier Raufer, «qualifier un groupe de mafia, c'est lui offrir une publicité gratuite et attirer de nouveaux membres». Il ajoute : «La DZ Mafia se nourrit de cette image. Plus l'État en parle, plus elle gagne en notoriété.»
Le maire d'Alès, quant à lui, a remercié les forces de l'ordre dans un communiqué : «Je suis profondément reconnaissant envers le GIGN et les services de renseignement qui ont permis d'éviter le pire.» Il a également appelé à une «réponse ferme de l'État contre ces criminels».
Un précédent dangereux ?
Des experts craignent que cette affaire ne crée un précédent. «Si l'État qualifie de mafia chaque groupe criminel un peu structuré, on risque de banaliser le terme et de minimiser la menace des vraies mafias», estime Darras.
Le ministère de l'Intérieur n'a pas commenté ces critiques. Une source proche du dossier indique que «la priorité était la sécurité du maire et la protection de la population». L'enquête se poursuit pour identifier les auteurs des menaces.



