Crash mortel d’hélicoptère en 2024 au large de Mandelieu : le BEA évoque un possible givrage du carburateur
Les enquêteurs privilégient l’hypothèse d’un givrage sévère du carburateur ayant entraîné une perte de puissance du moteur, sans toutefois pouvoir l’établir avec certitude. L’engin s’était crashé à 300 mètres du rivage.
Le Robinson R22 immatriculé F-GJYB venait de décoller de l’aéroport. Il s’est abîmé à quelques centaines de mètres du rivage, le jeudi 11 janvier 2024. L’épave a été localisée après deux heures de recherches.
Deux ans et demi après le crash mortel d’un hélicoptère de formation au large de Mandelieu-La Napoule, le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) a rendu son rapport final le 3 juin. L’accident avait fait deux morts, l’instructrice de l’école « GreenBees » et son élève. Les enquêteurs privilégient l’hypothèse d’un givrage sévère du carburateur ayant entraîné une perte de puissance du moteur, sans toutefois pouvoir l’établir avec certitude.
Le 11 janvier 2024, l’hélicoptère Robinson R22 de l’école Greenbees Helico avait décollé de l’aéroport de Cannes-Mandelieu pour un vol d’instruction. À son bord se trouvaient une pilote instructrice de 35 ans, Loreline Germain, et son élève de 27 ans. Quelques minutes après le décollage, l’instructrice signale une panne moteur à la radio. L’appareil s’abîme alors en mer, à quelques centaines de mètres du littoral, causant la mort des deux occupants.
Une forte réduction de puissance
Selon le rapport publié le 3 juin 2026, l’hélicoptère a subi une forte réduction de puissance moteur alors qu’il évoluait à faible hauteur. Les investigations n’ont révélé aucune défaillance mécanique permettant d’expliquer avec certitude cette perte de puissance. « Plusieurs témoins rapportent une variation du bruit ou un arrêt du moteur avant que l’hélicoptère ne tombe avec une assiette légèrement à piquer, en tournant sur lui-même. Certains témoins indiquent que les pales ont ralenti ou cessé de tourner, puis se sont soulevées vers le haut. À 15 h 56 min 12, l’hélicoptère entre en collision avec la surface de la mer et coule immédiatement. »
L’épave sera retrouvée et repêchée. Elle reposait par 30 mètres de fond, à environ 300 mètres de la côte. S’il ne semble pas y avoir eu de défaillance mécanique, les enquêteurs soulignent que les conditions météorologiques du jour — associant humidité élevée et températures favorables — présentaient un risque de givrage sévère du carburateur. Dans ce scénario, une utilisation inadaptée du système de réchauffage du carburateur aurait pu provoquer une obstruction progressive de l’admission d’air et entraîner la perte de puissance du moteur.
Une chute presque verticale
Le rapport décrit également le rôle possible du « governor », le système chargé de maintenir automatiquement le régime moteur. Celui-ci aurait pu masquer temporairement les premiers effets du givrage, retardant sa perception par l’équipage. Lorsque le dispositif n’a plus été capable de compenser la baisse de régime, le rotor a commencé à perdre de la vitesse. Le BEA estime qu’en l’absence d’une mise immédiate en autorotation — la procédure d’urgence permettant à un hélicoptère de poursuivre sa descente sans puissance moteur — le régime rotor a continué à diminuer jusqu’à entraîner une chute quasiment verticale de l’appareil vers la mer.
Des zones d’ombre persistantes
L’enquête n’a toutefois pas permis de déterminer qui, de l’instructrice ou de l’élève, pilotait au moment des faits. Les enquêteurs n’ont pas non plus réussi à établir précisément quelles actions avaient été réalisées sur les commandes, notamment sur le pas collectif ou le réchauffage du carburateur. Autre interrogation relevée dans le rapport : malgré le déclenchement de l’alarme sonore signalant une baisse critique du régime rotor (« LOW RPM »), la commande de pas collectif n’a pas été complètement abaissée. Le BEA indique ne pas être en mesure d’expliquer pourquoi cette action n’a pas été menée jusqu’à son terme.
Une instructrice expérimentée et un jeune élève pilote
Le drame avait profondément marqué la communauté aéronautique des Alpes-Maritimes. Les deux victimes participaient à un vol d’instruction, activité courante au sein de cette école de pilotage basée à Cannes-Mandelieu. La pilote instructrice, Loreline Germain, était âgée de 35 ans. Elle totalisait environ 300 heures de vol. Elle formait ce jour-là un élève de 27 ans. Lequel totalisait 17 heures de vol en double commande, dont quatre avec l’instructrice. « Aucune trace évocatrice d’un éventuel malaise n’a été observée. Aucune trace de substances ayant pu dégrader la performance de l’élève pilote ou de l’instructrice n’a été trouvée », indique le rapport. Dans ses conclusions, le BEA rappelle que son rôle n’est pas de déterminer d’éventuelles responsabilités mais de comprendre les circonstances de l’accident afin d’améliorer la sécurité aérienne.



