Budget 2027 : retraités, 6 milliards d'économies, quatre questions clés
Budget 2027 : retraités, 6 milliards, quatre questions

Pour boucler son budget 2027, le gouvernement souhaite faire contribuer les retraités à hauteur d'un peu moins de 6 milliards d'euros. Cette mesure soulève des questions sur le coût réel des retraités pour la France et sur leur éventuel traitement de faveur. Midi Libre fait le point en quatre questions, sur la base des données compilées par l'Agence France-Presse (AFP), issues essentiellement de la Drees (direction statistique des ministères sociaux) et du COR (conseil d'orientation des retraites).

Combien de retraités compte la France ?

Fin 2024, 17,3 millions de personnes étaient retraitées de droit direct des régimes français, selon la Drees. Environ 900 000 personnes supplémentaires ne touchaient qu'une pension de réversion. Plus de 15 millions reçoivent une pension du régime général (salariés du secteur privé, commerçants et artisans). Les régimes de la fonction publique pensionnent un peu moins de 4 millions de personnes, et celui des salariés agricoles, quelque 2 millions d'individus.

Le système de retraites est grippé par le vieillissement de la population : le nombre de retraités augmente beaucoup plus vite que le nombre d'actifs qui le financent. Ainsi, il y a aujourd'hui 1,8 cotisant par retraité, contre 2,1 en 2002, et ce ratio devrait s'établir à seulement 1,3 en 2070.

Du fait de réformes successives, qui ont décalé l'âge légal de départ et la durée de cotisation requise pour pouvoir partir, l'âge réel moyen de départ à la retraite devrait passer de 63,1 ans en 2025 à 64,6 ans en 2070, selon le COR. Ces calculs tiennent compte de la suspension de la réforme des retraites de 2023.

Que pèsent les retraites sur le budget ?

Les pensions versées par les régimes de retraite de base atteignaient 297,8 milliards d'euros en 2025, selon la commission des comptes de la Sécurité sociale. Les régimes complémentaires – essentiellement l'Agirc-Arrco – versent plus de 100 milliards supplémentaires.

Le déficit du système de retraites, incluant régimes de base et complémentaires, atteignait 5,1 milliards d'euros en 2025, soit 0,2 point de PIB, selon le COR. Malgré la réforme des retraites de 2023, il devrait rester dans cet ordre de grandeur jusqu'en 2030 puis s'aggraver pour atteindre 0,9 point de PIB en 2045, et 2,4 points de PIB en 2070.

Combien gagnent les retraités ?

La pension brute moyenne (hors pensions de réversion, retraite complémentaire incluse) des retraités résidant en France s'élevait en 2024 à 1 705 euros brut, soit un peu plus de 1 550 euros nets, selon les dernières données disponibles. Celle des femmes retraitées est inférieure de 36 % à celle des hommes. L'écart a tendance à se resserrer, puisqu'il était de 50 % en 2004. Avec une éventuelle pension de réversion, l'écart se réduit à 25 %.

Sur dix ans, de fin 2013 à fin 2023, le pouvoir d'achat de la plupart des assurés, résidant en France et ayant liquidé leur pension avant 2013, s'est érodé : leur pension brute a diminué de 7,6 % en "euros constants" (corrigés de l'inflation). La pension nette a davantage baissé – 8,1 % en euros constants – en raison notamment d'une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG). Si l'on intègre les retraités partis plus récemment, qui ont généralement de meilleures carrières, la baisse de pension brute est plus mesurée (-1,4 %).

Sont-ils vraiment favorisés ?

La pension nette moyenne est inférieure au revenu d'activité net moyen. Mais si l'on tient compte de l'ensemble des ressources (patrimoine, absence de loyer, avantages fiscaux…), et de la composition des ménages, le niveau de vie des retraités est "équivalent" à celui de l'ensemble de la population. Ce niveau de vie relatif à l'ensemble de la population a "fortement progressé entre 1970 et le milieu des années 1990, sous l'effet de la montée en charge du système de retraite et de l'amélioration des carrières, en particulier féminines, puis s'est stabilisé", selon le COR.

Mais il devrait "diminuer progressivement à long terme, en raison du durcissement des règles de calcul des pensions et de carrières moins dynamiques, pour s'établir autour de 90 % à l'horizon 2070", estime-t-il. Ce niveau de vie reste variable en fonction des catégories sociales. Environ un quart des retraités ne sont pas propriétaires de leur résidence principale. Environ 10 % vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,4 % de la population générale.

D'autant que les dépenses de santé restant à la charge des ménages augmentent en moyenne avec l'âge : le taux d'effort représente 3 % des revenus des moins de 40 ans contre 7 % pour les 70 ans et plus. En 2023, 3,7 % des 60 ans et plus résident en établissement pour personnes âgées. Leur niveau de vie est "nettement inférieur" à celui des retraités vivant à domicile. Malgré les aides publiques, 61 % des résidents "ne peuvent financer leurs dépenses à partir de leurs seules ressources courantes", indique le COR.

Ces éléments éclairent les enjeux du budget 2027, alors que le gouvernement cherche à réaliser des économies tout en tenant compte de la situation des retraités, dont le niveau de vie varie considérablement selon les catégories sociales et l'âge.