Alors que le patrimoine financier des Français a atteint 6 590,5 milliards d'euros fin 2025, selon la Banque de France, l'épargne s'impose comme un thème majeur de la campagne présidentielle de 2027. Les candidats divergent sur la place de la capitalisation dans les retraites, la taxation des transmissions et l'orientation de l'épargne vers l'économie réelle.
Capitalisation : une ligne de fracture droite-gauche
Dans le système actuel par répartition, les actifs cotisent pour les retraités, tandis que la capitalisation consiste à placer l'épargne des actifs pour la leur reverser à la retraite. À gauche, Jérôme Guedj, candidat à la primaire social-démocrate, ne remet pas en cause les dispositifs existants mais refuse d'en faire le cœur du système et défend une capitalisation collective pilotée par les partenaires sociaux. Le PCF de Fabien Roussel et LFI restent fidèles à la défense du système par répartition.
À droite et au centre-droit, une majorité de candidats prônent le développement de la capitalisation. Marine Le Pen (RN) s'est déclarée favorable à une part de capitalisation « pour ceux qui le peuvent », tandis que David Lisnard (Nouvelle Énergie) la juge « incontournable ». Lors d'un « grand oral » organisé mardi soir devant les membres de l'Afer, première association d'épargnants en France, le maire de Cannes a estimé que « le système actuel [était] devenu une pyramide de Ponzi ».
Transmission : faciliter les donations ou taxer les gros héritages
Pour les partisans de la capitalisation, la question des retraites rejoint celle de la transmission du patrimoine. Gabriel Attal (Renaissance), pour qui « il n'est pas question d'augmenter les droits de succession », propose un plan épargne-retraite ouvert dès la naissance pour « fluidifier les transmissions ». « Si on veut que l'argent circule davantage et qu'il puisse financer davantage l'économie réelle, plutôt que de taxer les successions, il faut faciliter les donations », défend l'ancien Premier ministre.
Édouard Philippe (Horizons) soutient cette logique, estimant que « l'héritage change » car il est « reçu de plus en plus tard ». À gauche, Raphaël Glucksmann (Place publique) propose de taxer davantage les « méga-héritages », soit le 1 % des successions les plus importantes, assurant que « 99 % des héritages ne seront pas affectés ». LFI défend un héritage maximal de 12 millions d'euros et de « prendre tout » au-delà de ce seuil, tandis que les Écologistes de Marine Tondelier plaident pour une taxation accrue des plus grosses successions afin de financer notamment la transition écologique.
Dette publique : pas de ponction sur l'épargne
L'idée de mettre davantage à contribution l'épargne des ménages pour réduire le déficit public peine à trouver des défenseurs. « Ce n'est pas avec l'épargne des Français qu'on va rembourser la dette publique, c'est avec des économies sur les dépenses », argumente Gabriel Attal, qui veut orienter l'épargne « dormante » vers l'économie réelle, comme les PME ou la transition écologique. Bruno Retailleau (LR) abonde : « Le problème de la dette, ce n'est pas le problème de l'épargne, c'est le problème de la dépense publique. »
À gauche, Jérôme Guedj rejette également l'idée d'un lien entre épargne privée et dette publique, jugeant qu'il s'agit de « deux mécanismes différents ». « Il ne faut pas mettre en parallèle ces deux données : l'épargne privée des Français et la dette publique, c'est une facilité optique que de considérer que l'une pourrait venir compenser l'autre », défend-il. Les candidats de droite comme de gauche s'accordent donc pour orienter l'épargne vers l'économie réelle, sans la ponctionner pour financer l'État.