Un couple nonagénaire impatient de retrouver sa maison inondée
Raymond Galissaire, bientôt 96 ans, et son épouse Palmyre, 90 ans, n'ont pas supporté plus de quatre jours loin de leur maison de Jusix, dans le Lot-et-Garonne, inondée par les crues de la Garonne. Mariés depuis soixante-treize ans, ce couple emblématique a insisté pour regagner son logement ce mardi 17 février, alors que les eaux troubles du fleuve l'entouraient encore complètement.
Une évacuation exceptionnelle après des décennies de résistance
Leur fille Josyane explique que c'est la première fois que ses parents ont dû quitter leur domicile à cause d'une inondation. « Ils ont dû partir vendredi parce qu'ils n'avaient plus d'électricité suite à la tempête. Sinon, ils seraient restés », raconte-t-elle. Le couple a été hébergé à Marmande, mais Raymond, ancien sauveteur de la commune, n'a pas supporté cette absence prolongée. « Il mijotait. Il n'en pouvait plus. Hier, je suis partie à la belote, je les ai laissés tout seul, et il n'a fait qu'emmerder ma mère pour rentrer », confie leur fille avec un sourire.
Un retour en bateau sous haute surveillance
Accompagnés de leurs enfants Patrick et Josyane, les nonagénaires ont embarqué à bord du bateau de la réserve communale pour rejoindre leur maison. Palmyre, déterminée, annonce : « On va commencer à nettoyer », montrant une sérénité forgée par des décennies de cohabitation avec les caprices du fleuve. Leur fils Patrick précise : « Ils veulent mettre un coup de jet d'eau au fur et à mesure de la décrue », avant d'aider ses parents à déplacer quelques meubles.
Raymond, un sauveteur aguerri face aux éléments
Raymond, casquette « sensas » vissée sur la tête et gilet de sauvetage enfilé, ne semble pas impressionné par la situation. « Il doit y avoir encore de l'eau dans la salle à manger et la chambre, mais dans la cuisine, ça devrait aller, la pièce est plus haute. On va dormir à l'étage, il y a tout ce qu'il faut », assure-t-il. Avec presque un siècle d'expérience des inondations, il relativise : « Oh, ça, j'en ai connu par-dessus la tête des inondations. Je les ai toutes vécues, à part celle de 1952 ».
Un héritage de courage et de solidarité
L'ancien sauveteur se souvient des crues passées, notamment celle de 1981, « plus haute qu'aujourd'hui ». À l'époque, il ravitaillait la commune avec son bateau en bois et un petit moteur de 20 CV. Sa fille Josyane rappelle avec amusement : « Dans son temps, il n'avait pas de gilet de sauvetage comme aujourd'hui, et en plus il ne savait pas nager. Il ne sait d'ailleurs toujours pas ». Raymond a même effectué des transports nocturnes de balles de tabac vers la manufacture de Marmande pendant les inondations, et a un jour transporté sur sa barque le corps d'un vieil homme décédé naturellement durant une crue.
Personne au village ne s'étonne de la détermination de ce couple magnifique, dont l'attachement à leur maison et leur résilience face aux éléments inspirent le respect de toute la communauté.



