Dans la rue Fondaudège à Bordeaux, un mystérieux personnage vole depuis de nombreux mois les tirelires remplies de pourboires des commerçants. Il n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il avait déjà été repéré par « Sud Ouest » en 2024. Les commerçants de la rue Fondaudège à Bordeaux sont sur le qui-vive. À chaque arrivée d'un nouveau client, ils se demandent s'ils vont tomber sur lui.
Cheveux blancs coiffés en arrière, petite barbe poivre et sel, la cinquantaine bien tassée, toujours muni d'un sac à dos noir, l'homme paraît être le plus lambda du monde. Pourtant, sous ses aspects proprets se cache en réalité un voleur en série, et pas de n'importe quoi : de pots à pourboire et de tirelires. Rien qu'en l'espace de quelques mois, au moins cinq commerces de cette rue ont été victimes de ce voleur peu scrupuleux aux méthodes bien rodées.
« C'était en octobre, je venais à peine d'ouvrir mon établissement, relate Julie Alvarez, gérante du Tadam café. J'étais derrière mon comptoir, il est arrivé en téléphonant. Il me paraissait un peu bizarre mais sans plus. Il a prétexté un rendez-vous pour partir sans rien commander. » Ce n'est que le soir, en faisant sa caisse qu'elle découvre que sa tirelire en forme d'étoile rose avait tout bonnement disparu. « J'ai vite fait le lien, et puis en parlant avec mes voisins, j'ai découvert que cette personne était connue comme le loup blanc. »
Même mode opératoire
Le 7 janvier dernier, il fait deux autres victimes coup sur coup, à l'institut de beauté L'Esthétique et à la chocolaterie Lalère. Puis il refait le coup deux fois au café Eriu, il y a deux mois et enfin le restaurant-traiteur Le Comptoir des jambons, il y a quelques semaines. « C'était un joli cochon rose, sourit tristement David Jourdain. Je n'étais pas là quand c'est arrivé, ma femme devait sûrement être dans l'arrière-boutique. Il ne devait y avoir qu'une soixantaine d'euros, ce n'est pas grand-chose mais niveau symbole ça fait un peu mal. »
Et il n'en est pas à son coup d'essai. Déjà en janvier 2024, « Sud Ouest » relatait des faits similaires commis par le même individu sur la rive droite ou dans la métropole. Depuis, l'aigrefin semble avoir changé de terrain en se déportant vers le centre-ville de Bordeaux et cette rue passante aux nombreux commerces de bouche et épiceries fines.
« On dit qu'il est cleptomane, mais je ne le crois pas du tout puisque j'ai retrouvé ma tirelire vide à deux rues de là », s'exclame Julie Alvarez, qui a porté plainte.
Le mode opératoire s'avère toujours le même. Sur certaines vidéos de caméra surveillance, on peut voir le rusé filou faire semblant d'être au téléphone ou prétexter d'attendre quelqu'un à quelques mètres du comptoir. Il se fait alors oublier l'espace d'un instant et pique ni une ni deux l'objet de ses désirs avant de s'enfuir.
Équipe
Si bien que les commerçants de la rue réunis dans un groupe WhatsApp ont décidé de se prévenir mutuellement dès que le renard pointe le bout de son nez. « Quand quelqu'un s'aperçoit qu'il rôde près des vitrines, on envoie directement un message d'alerte dans la boucle, ou alors on le prend en photo. Maintenant tout le monde sait à quoi il ressemble », explique Carol-Ann de L'Esthétique, qui a elle aussi décidé de porter plainte. « Ce n'est rien, à peine quelques euros volés, mais j'ai vraiment l'impression que l'on a violé mon intimité. Il faut que cette personne arrête ou se fasse arrêter. »
Alors que le Comptoir des jambons a tout bonnement décidé de ne pas remplacer son joli cochon rose, le café Eriu a choisi de poser un leurre, avec un verre rempli de fausse monnaie en plastique. « Il va se retrouver bien embêté s'il nous pique », sourit la gérante de l'établissement.
Confrontation
Même s'ils veillent tous au grain, le gredin agit en véritable anguille et file presque à chaque fois entre leurs doigts. Presque, puisqu'une confrontation verbale a tout de même eu lieu samedi 9 mai, lorsque Maxime Lapeyrie, conjoint de Julie Alvarez du Tadam, réussit à le ferrer après une filature d'une bonne dizaine de minutes. « Je lui ai dit de ne pas retourner rue Fondaudège, que tout le monde savait ce qu'il faisait, narre-t-il. Il m'a répondu qu'il en était désolé et qu'il n'allait plus recommencer. »
La promesse n'a été pourtant que de très courte durée puisqu'un autre vol de tirelire a eu lieu à peine cinq jours plus tard, jeudi 14 mai. Mais cette fois-ci non pas rue Fondaudège, mais un peu plus loin, cours Evrard-de-Fayolle. Le même individu ne s'est pas empêché d'emporter celle du café Gravaine, au nez et à la barbe de sa gérante. « Il était en face de moi au comptoir, la salle était blindée. À peine j'ai eu le dos tourné, le pot avait disparu. Il devait y avoir qu'une vingtaine d'euros. Franchement c'est dégueulasse d'en arriver là. D'autant plus qu'il s'en prend la plupart du temps à de jeunes commerçants », ne décolère pas Claire Grand-Clément. En tout cas, c'est sûr, elle ne se fera « pas avoir une seconde fois », se promet-elle. De son côté, le voleur de tirelire, lui, court toujours.



