Ce jeudi 23 juillet 2026, la commune de Cotignac, déjà touchée par un violent incendie mardi, a connu une nouvelle journée sous haute tension. Alors que certains sinistrés commençaient à retrouver leurs habitations, le feu a repris violemment, ravivé par le mistral. Les pompiers, appuyés par des renforts aériens, ont lutté pour protéger le village et ses habitants.
Des maisons épargnées, des destructions massives
Dans les quartiers ouest de la commune, les stigmates de l’incendie sont visibles partout : bords de route calcinés, haies réduites en cendres, poteaux électriques détruits. Pourtant, certaines maisons sont restées intactes, au milieu d’autres entièrement détruites. Mathieu, un Marseillais possédant une résidence secondaire impasse de la Calade, témoigne : « Nous, on a gagné au loto. La maison est intacte, l’électricité n’a même pas été coupée, on a juste perdu la fibre. C’est notre Euromillion à nous ! » Avec un voisin, ils ont arrosé leurs maisons jusqu’à l’ordre d’évacuation mardi soir. « En partant, on s’est dit qu’on allait tout perdre… », confie son épouse Claudine, émue.
Claire, une voisine belge, doit signer la vente de sa maison lundi prochain. Sa maison, vendue 450 000 euros, est intacte, mais son jardin de 4 000 m² a été ravagé. « Notre notaire doit passer. Avec cet événement, l’acheteur peut annuler la vente ou demander une baisse du prix », s’inquiète-t-elle. Pour d’autres, la détresse est plus forte : une jeune productrice d’huiles essentielles a perdu sa maison et ses plantes. Les tensions montent entre voisins, certains pointant du doigt un tas de branches mortes qui aurait déclenché l’incendie.
Reprise du feu et évacuations
Massimo, un Italien dont la villa est intacte sur le chemin de Correns, découvre une reprise de feu au bout de son terrain. Aidé par des voisins, il étouffe les flammes en plusieurs allers-retours avant l’arrivée des pompiers. « On a des reprises importantes ailleurs, vous pouvez gérer ? » demande un pompier. « Oui, pas de problème », répond Massimo. En contrebas, un assureur indépendant offre ses services aux sinistrés, tandis que les équipes Enedis s’activent pour rétablir l’électricité. « On espère balancer le jus ce soir ! », lance Kevin, venu de Draguignan.
Mais rapidement, le Bessillon s’embrase à nouveau. Les fumées poussées par le vent enveloppent Cotignac d’un nuage brun et épais. Le feu brûle les restes de pinèdes du côté des quartiers de La Colle et Louis XIV, évacués. Les messages FR-Alert sonnent en cascade. Les routes sont bloquées, les habitants confinés. Canadair, Dash et hélicoptères bombardiers d’eau tournoient au-dessus du village. La situation est critique près du sanctuaire Notre-Dame-de-Grâces, où les pompiers empêchent l’incendie de gagner le village.
Solidarité : les gars de Carcès à la rescousse
La police municipale ordonne l’évacuation de la zone commerciale Loup à Loup. Le Super U s’apprête à fermer, mais reste ouvert. Arrive alors une cohorte de camions plateaux et de tracteurs chargés de cuves d’eau de 2 000 à 12 000 litres. Viticulteurs, jardiniers et artisans du BTP descendent dans un joyeux vacarme. Ce sont les gars de Carcès, venus « sauver le village ». « C’est notre forêt, c’est chez nous ! », lance l’un. « On ne va pas rester dans le canapé, on sera là jusqu’au bout ! », assure un autre. Plus tard, ils ravitailleront en eau les camions de pompiers.
Entre Cotignac et Montfort-sur-Argens, les routes sont bloquées. Des badauds contemplent le feu qui sévit du côté de la Nestuby. « Mardi, on a vu le Bessillon se consumer en treize minutes. Là, on est revenu, c’est fascinant », avoue Julien.
Un centre d’accueil pour les sinistrés
Direction Le Val, où un centre d’accueil a été rouvert ce jeudi après-midi pour soutenir les communes assaillies. « On a ouvert et équipé la salle en quinze minutes puis on a envoyé un message aux habitants. En quelques heures, on nous a proposé 110 couchages et près d’une centaine de personnes ont été hébergées ! », se félicite le maire Jérémy Giuliano. Au fond de la salle, Anne-Marie, une dame de Carcès, a dû évacuer sa maison et a fait un malaise. « C’est l’accumulation depuis mardi… Se lever le matin avec cette odeur de brûlé, c’est stressant. J’ai déjà connu des inondations à Saint-Aygulf, c’est trop… », confie-t-elle. Sa fille est venue la chercher pour passer les prochains jours à Sanary, loin du tumulte.



