Le colonel Christophe Magny dirige le service d’incendie et de secours de l’Aude. Il dresse un premier retour d’expérience, un mois après le mégafeu qui a dévasté les Corbières avec plus de 16 000 hectares parcourus par les flammes, le plus important du XXIe siècle.
Un feu hors norme
Un mois après le début du sinistre, le colonel Magny livre son analyse du feu des Corbières. Un retour d’expérience d’envergure nationale est en cours, avec des conclusions attendues fin octobre, pour ce feu exceptionnel en termes de superficie, d’hectares brûlés, de communes concernées et de dégâts humains et matériels. Parallèlement, les autorités évaluent la valeur du « sauvé », afin de rappeler ce qui a pu être préservé.
Le feu a généré son propre vent. En observant son développement, avec 1 200 hectares parcourus par heure en moyenne, et par endroits jusqu’à 2 000 hectares à l’heure, les vitesses de propagation ont été exceptionnelles.
Un phénomène météo rare
Un phénomène de pyrocumulus a été identifié. Le feu, à travers le nuage créé au-dessus, a généré de l’énergie et créé son propre vent à l’intérieur de ce panache. En plus des rafales à 65 km/h, ce pyrocumulus aurait conduit au développement exceptionnel du feu, tant en vitesse qu’en intensité.
Points positifs de l’intervention
La sensibilisation à une journée à risque élevé a permis une prévision et une organisation des moyens, avec des moyens conséquents dès les premières heures. Le principal point positif est l’absence de victime parmi les forces de secours engagées, soit plus de 2 200 pompiers. Malgré un bilan lourd (un décès, deux blessés graves, une quarantaine de blessés légers, civils et pompiers), cela doit être mis en perspective avec le parcours du feu sur 17 communes et plus de 1 100 bâtis dans la zone de l’incendie. Une soixantaine de maisons ont été impactées, ce qui est trop important pour les personnes concernées.
Parmi les autres motifs de satisfaction : l’anticipation avec la coupure rapide de l’A9. Malgré des conditions météo défavorables, quatre ans de sécheresse, la déprise agricole et le mitage des zones habitées, des aménagements comme les débroussaillages au pied des parcs éoliens ont été favorables. Enfin, la solidarité, l’entraide et la fraternité de la population et des maires (dons, hébergement, logistique) ont impressionné les collègues venus de toute la France : les sinistrés eux-mêmes venaient aider, applaudir et nourrir les pompiers.
Points à améliorer
La permanence des réseaux de téléphonie et radio a été impactée par le feu, avec des difficultés de maintien. Une réflexion est nécessaire sur la doctrine nationale « frapper vite et fort, le confinement est la règle, l’évacuation l’exception ». Sur un feu se développant à près de 6 km/h, les pratiques doivent être réinterrogées. L’engagement massif de moyens, bien que conforme à la doctrine, n’a pas été suffisant dans certaines configurations.
Concernant le confinement ou l’évacuation, certaines maisons qui ont brûlé ne sont pas en plein massif. Il est impossible de placer un engin sur chaque habitat. Il faut faire comprendre aux équipes et à la population que, sur ce type de feu, on ne peut pas tout sauver. Accepter un décès, deux blessés graves et des biens non sauvés est difficile pour les pompiers. Les réponses sont multiples : prévention, formation des collégiens et de la population, aménagement des massifs, planification des évacuations. Les gens ont parfois du mal à quitter leur maison, qui leur est chère.



