Des retraités de Peymeinade ont perdu 116 000 euros dans une arnaque téléphonique. Après deux ans de procédure, ils n'ont toujours rien récupéré, leur banque ayant fait appel. D'autres victimes, à Fréjus et à La Valette, se heurtent au même mur : la banque refuse de rembourser, estimant que la victime a validé la transaction.
Une arnaque sophistiquée à Peymeinade
Jacqueline, 75 ans, et Damien, 76 ans, résident à Peymeinade, près de Grasse. Tout commence en avril 2024. Damien reçoit un appel d'un agent Total Énergies, alors qu'il est en montagne à Saint-Etienne-de-Tinée. « On était à Saint-Etienne-de-Tinée à la montagne. Je reçois un appel d'un agent Total Énergies. Nous sommes clients chez eux, il connaît mes informations personnelles. Il me propose d'acheter des actions », raconte-t-il. Il valide l'opération pour 6 000 euros.
Quelques jours plus tard, un autre appel le relance. Cette fois, un représentant d'une banque en ligne lui propose de racheter ses actions pour les investir dans Air Liquide. « Il m'explique qu'il souhaite racheter mes actions pour les injecter dans Air Liquide. Le rapport est très bon, il est convaincant. Il se fait appeler Quentin Honoré : on a fait des recherches, il existe bel et bien ! » Damien vire alors 36 000 euros de plus. Au total, les escrocs détournent 116 000 euros.
Une relation de confiance savamment construite
Le couple a accès à une plateforme où tout semble réel : comptes, cours de la Bourse. Rien ne les alerte. « Il appelait tout le temps, où qu'on soit », se souvient son épouse. « Ils sont forts, ils arrivent à créer une relation de confiance. On était à un point où il me disait qu'il allait venir à Cannes voir des amis et qu'on pourrait se saluer à cette occasion », ajoute le septuagénaire. Il commence à avoir des soupçons lorsqu'aucun dividende n'arrive, même après avoir versé plusieurs dizaines de milliers d'euros pour de nouvelles parts. « Parallèlement il voulait que j'investisse dans la cryptomonnaie pour 25 000 euros de plus. Mais là j'ai dit stop. »
S'ensuivent des menaces et du harcèlement. « Quand on a compris qu'on avait affaire à des escrocs, ma femme l'a traité d'assassin au téléphone. Il a gardé son sang-froid tout du long… » Le couple venait de vendre une maison de famille dans la Sarthe. « Nous venions de vendre une maison de famille dans la Sarthe, tout y est passé. »
Une procédure judiciaire longue et incertaine
Depuis deux ans, ils mènent une procédure contre leur banque pour obtenir un remboursement. « Nous reconnaissons nos torts, mais la banque n'a pas mené ses investigations face aux virements passés. » En première instance, ils ont obtenu un « 50/50 » avec restitution d'une partie de la somme. Mais ils n'ont rien perçu, la banque ayant fait appel. Les escrocs, eux, n'ont jamais été retrouvés. Philosophe, Damien souffle : « Ça aurait pu être pire. Certains font des crédits, se retrouvent dans des situations terribles. » Aujourd'hui, le couple « n'attend plus rien » de la justice : « Si on obtient les 34 000 euros espérés, ce sera du bonus. Mais on ne compte plus dessus, non… »
À Fréjus, une fraude validée par la victime
Marthe et Claude, retraités à Fréjus, ont été piégés après leur premier achat en ligne. Ils reçoivent un texto leur demandant de payer 1 euro pour finaliser la livraison. Ils s'exécutent mais, pris de doute, appellent leur banque qui bloque la transaction. Soulagement. Le soir même, vers 22 h 30, ils reçoivent un appel du service antifraude du Crédit Mutuel leur signalant des transactions frauduleuses à l'étranger. « Le faux conseiller m'a dit procéder au remboursement de la somme détournée mais il a effectué des virements sur un compte extérieur. Le gars au téléphone était vraiment doué, je suis entré dans son jeu, je me suis parfaitement fait avoir », explique Claude. Le préjudice s'élève à 5 000 euros, et la banque ne rembourse pas, au motif que la victime a validé la transaction.
Leur conseiller bancaire leur oppose : « Qu'est-ce qui me garantit que la personne n'a pas effectué des virements sur un autre compte en faisant passer cela pour une fraude et exiger un remboursement ? » Il révèle ne jamais appeler, encore moins en numéro inconnu. « Il nous a dit qu'on aurait dû raccrocher et rappeler la banque le lendemain. » Quelques jours plus tard, ils reçoivent un courrier de prévention contre la fraude. « Si nous l'avions su avant… », regrettent-ils. « On s'est sentis piégés, honteux. Psychologiquement, c'est très difficile, reconnaissent les Fréjusiens. Il y a plus de gens victimes d'arnaques à la carte bancaire que ce que l'on croit. Au début, personne n'en parle, puis dès que la parole se libère on se rend compte qu'une bonne partie de notre entourage l'a aussi été. » « J'aimerais revenir au temps où l'on payait en liquide », soupire Marthe.
À La Valette, une mère isolée dépouillée avant Noël
Bérengère, 44 ans, mère isolée à La Valette, a été victime d'une arnaque juste avant Noël 2025. Elle reçoit l'appel d'« un soi-disant conseiller du service antifraude ». Deux conseillers lui révèlent une tentative d'extorsion. « Ils avaient accès à absolument toutes mes informations et m'ont demandé de sécuriser mes fonds sur une banque en ligne extérieure. Ils m'ont dit : “Heureusement que nous vous sauvons avant Noël car vous allez avoir besoin de ces sous…” » Elle les croit et accepte de virer 3 000 euros vers le compte des escrocs. « J'ai paniqué », reconnaît-elle. Après avoir identifié la fraude, elle dépose plainte au commissariat. « Quand je suis arrivée, le policier a soufflé en disant : “Encore un !”. Nous en avons plusieurs par jour rien qu'à La Garde. » Elle pense que les malfaiteurs ont eu ses informations à cause d'une fuite provenant de la CAF. « J'ai perdu le peu d'argent que j'avais de côté », ne s'en remet pas Bérengère. Les identités de certaines victimes ont été modifiées à leur demande. L'usurpation de l'identité du conseiller BforBank a été reconnue comme une technique de spoofing et de phishing particulièrement agressive par les professionnels de la veille sur les fraudes et de la cybersécurité.