Arnaque par manipulation : une Gardoise perd 3 000 euros en trois heures
Arnaque par manipulation : une Gardoise perd 3 000 euros

Une Gardoise de 55 ans, Aurore*, a perdu 3 000 euros en moins de trois heures dans une arnaque bancaire par manipulation, un type d'escroquerie en forte hausse selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP). Le préjudice représente environ un salaire mensuel, puisé dans une épargne destinée aux dépenses imprévues.

Le piège se referme via Leboncoin et Wero

Tout commence un lundi, lorsque le fils d'Aurore, âgé de 18 ans, met en vente des figurines sur Leboncoin pour une transaction d'une quinzaine d'euros. Un acheteur se montre intéressé et propose de régler immédiatement via Wero, un service que le jeune homme utilise sur son application bancaire. Mais l'opération, affirme son interlocuteur, ne fonctionne pas. Quelqu'un doit rappeler pour résoudre le problème.

Le lendemain, un autre homme appelle et hausse le ton très vite. « Ça ne passe pas, ça ne marche pas. Mettez-moi vos coordonnées bancaires », insiste-t-il, jusqu'à devenir agressif : « Mais vous êtes con ou quoi ? » Le compte du jeune homme étant quasiment vide, l'escroc réclame des codes et fait saisir plusieurs numéros. Aurore, témoin de la scène, raconte : « Je voyais mon fils commencer à blanchir. »

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Une mécanique redoutable : l'argent déplacé entre ses propres comptes

L'homme demande alors à parler à Aurore, dont le contact figure sur l'annonce. « Passez-moi votre maman. » Elle prend le téléphone. Une « quantité phénoménale de pages » s'ouvre, les instructions s'enchaînent : « Vous allez recevoir un code, il faut le saisir. » Tout va très vite. « On s'est fait embarquer. À aucun moment, je n'ai eu le temps, la distance pour me dire : là, ce n'est pas bon. »

L'escroc lui demande de consulter son compte bancaire. Une somme de 1 600 euros apparaît. Il explique : « À cause de vous, on a fait une erreur parce que vous n'avez pas fait comme il faut. On a versé une somme de 1 600 euros sur votre compte. » Aurore, voyant l'argent, pense devoir le rendre. Elle demande comment le rétrocéder. La réponse : acheter six recharges PCS de 250 euros.

Trois heures de frénésie et l'intervention des buralistes

Aurore se rend dans un bureau de tabac à environ 3 kilomètres de chez elle, achète les recharges et communique les codes à l'inconnu. « On lui donnait les numéros, au fur et à mesure. Et si on se trompait dans les chiffres, on se faisait pourrir. » Pendant près de trois heures, l'homme donne des ordres, presse Aurore et son fils, élève la voix, répète qu'ils sont responsables de la situation. D'autres sommes apparaissent sur le compte, la mécanique recommence : acheter des recharges, transmettre les codes, repartir. « On faisait les allers-retours entre les bureaux de tabac du secteur. Dans une espèce de frénésie. »

Ce sont finalement les buralistes qui stoppent la machine. Le premier s'étonne : « Il m'a regardée et il m'a dit : vous n'avez pas un problème ? Parce que ça, ce n'est pas normal. » Aurore ne réagit pas. Sa carte bancaire ne fonctionne plus, plafond dépassé. Elle envoie son fils acheter de nouvelles recharges avec la sienne. Le commerçant refuse : « Il lui dit : mais là, vous êtes en train de vous faire avoir. Il faut appeler la police tout de suite. Je ne vous vends plus rien. »

Dans la voiture, le stress devient énorme. Son fils craque : « Vous êtes en train de nous voler, ça suffit, ça suffit, allez vous faire voir ! » Il raccroche. L'escroc tente de rappeler trois fois, sans réponse. Il est un peu plus de 20 heures. « Si les bureaux de tabac avaient été ouverts et s'ils avaient accepté de vendre, on y serait encore », estime Aurore. Bilan : douze recharges de 250 euros achetées, soit 3 000 euros.

Les 1 600 euros venaient de ses propres comptes d'épargne

De retour chez elle, Aurore consulte ses comptes et comprend. Les sommes qui apparaissaient sur son compte courant, prétendument versées par erreur, avaient en réalité été virées depuis ses propres comptes d'épargne. L'argent qu'elle croyait rendre était le sien. Une mécanique redoutable : déplacer l'argent entre les comptes de la victime, puis lui faire croire qu'elle doit le « rembourser ».

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Aurore ne dort quasiment pas de la nuit. « Des angoisses, les épaules tendues, un truc de dingue. » Le lendemain matin, elle porte plainte à la gendarmerie avec son fils, remet les douze tickets PCS, tente de faire bloquer les recharges et met les cartes bancaires en opposition. Les gendarmes lui expliquent que ce type d'escroquerie est loin d'être exceptionnel. Elle reste marquée : « L'argent, ce n'est rien. C'est de s'en vouloir. Je n'ai plus confiance en rien. Je vais mettre du temps à me remettre de ça. » Et une question douloureuse : « Est-ce qu'il suffit qu'on crie un peu pour que j'obéisse ? »

Julien Lasalle, secrétaire de l'OSMP, cité par l'AFP, souligne : « Il n'y a pas de population qui est exempte de ce type de fraude. Tout le monde, les jeunes, les personnes âgées, les catégories socioprofessionnelles supérieures… tout le monde peut y être confronté. » En 2025, la fraude aux moyens de paiement a représenté 1,241 milliard d'euros en France, en hausse de 3,8 % sur un an, tandis que le nombre d'opérations frauduleuses a reculé de 7,6 %. La fraude par manipulation a bondi de 34 % pour atteindre 516 millions d'euros, soit 41,6 % du montant total de la fraude, contre 32,1 % en 2024. L'OSMP demande aux banques de renforcer leurs outils de détection et rappelle qu'un conseiller bancaire n'a jamais besoin d'un code confidentiel pour annuler une opération frauduleuse.