Un deuxième rapport d'expertise, rendu public ce jeudi 16 juillet, épingle les carences de l'enquête sur la disparition de Lyhanna, une adolescente de 15 ans qui a disparu en septembre 2021 à Marseille. Le document, commandé par la famille de la jeune fille, pointe des « délais manifestement excessifs » et un « manque de moyens » dans les investigations menées par la police judiciaire.
Des retards préjudiciables
Selon ce rapport, rédigé par un ancien haut responsable de la police, plusieurs mois se sont écoulés avant que des actes d'enquête essentiels ne soient réalisés. « Il a fallu attendre six mois pour exploiter la téléphonie de Lyhanna, alors que ces données sont cruciales dans les premières heures suivant une disparition », détaille le document. Ce retard a compromis la possibilité de retrouver des indices exploitables.
Le rapport souligne également que les perquisitions chez des proches et des suspects potentiels n'ont été effectuées que tardivement, parfois plus d'un an après les faits. « Ces délais sont inexplicables et ont gravement nui à l'efficacité de l'enquête », est-il écrit.
Un manque de moyens chronique
L'expert pointe aussi un « sous-effectif chronique » au sein du service de police chargé de l'affaire. « Seuls deux enquêteurs ont été affectés à temps plein pendant les premiers mois, ce qui est totalement insuffisant pour une disparition inquiétante », affirme-t-il. Le rapport compare cette situation à d'autres affaires similaires où des équipes de cinq à six enquêteurs étaient mobilisées.
En outre, le document regrette l'absence de recours à des techniques d'enquête avancées, comme la géolocalisation ou l'analyse des réseaux sociaux, qui auraient pu fournir des pistes supplémentaires. « Les moyens techniques n'ont pas été sollicités à temps, par manque de personnel formé ou par négligence », ajoute l'expert.
Des conséquences sur la procédure
Ces carences ont eu un impact direct sur l'avancée de la procédure. « Aujourd'hui, deux ans après les faits, aucune pense sérieuse n'a pu être confirmée, et la famille reste sans réponse », déplore Me Sarah Dupont, avocate de la famille de Lyhanna. Selon elle, ce rapport confirme ce que les proches de l'adolescente clament depuis le début : « l'enquête a été bâclée par manque de moyens et de volonté ».
Le parquet de Marseille, contacté par Libération, n'a pas souhaité commenter ce rapport. Toutefois, une source judiciaire indique que « des mesures ont été prises depuis pour renforcer l'équipe d'enquête, mais il est vrai que les premiers mois ont été marqués par des difficultés structurelles ».
Un appel à une réforme
Ce deuxième rapport intervient après un premier document, remis en mars dernier, qui avait déjà mis en lumière des dysfonctionnements. La famille de Lyhanna espère que ces expertises permettront de relancer l'enquête et d'obtenir des réponses. « Nous demandons que l'affaire soit dépaysée vers un autre service, plus compétent et mieux doté », a déclaré Me Dupont.
L'avocate appelle également à une réforme plus large des moyens alloués aux enquêtes pour disparitions inquiétantes. « Il est inadmissible qu'en 2023, des affaires de cette gravité soient traitées avec si peu de moyens. La vie d'une jeune fille mérite mieux que cela », conclut-elle.



