Ce week-end, les manifestations du 17 octobre ont rassemblé 550 000 personnes selon les autorités, mais des violences ont éclaté à Lyon et Paris, avec des commerces saccagés, des mairies attaquées et des voitures brûlées. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a accusé l’ultragauche et des « délinquants d’opportunité », mais les autorités appellent à la prudence sur les affiliations politiques des suspects.
Ultragauche : des techniques de black blocs observées
À Lyon, une antenne de l’office du tourisme a été saccagée et incendiée samedi par des dizaines de personnes vêtues de noir et masquées, qui se sont également attaquées aux forces de l’ordre, selon un journaliste de l’AFP. Sur la place de la République à Paris, une population visiblement politisée, avec des drapeaux rouge et noir, a adopté des techniques propres aux black blocs pour avancer vers les CRS, décrit un reporter. Des individus se sont regroupés de manière très serrée, à l’abri du regard des policiers, et certains ont cassé le socle de la statue de Marianne pour fabriquer des projectiles.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a rapidement pointé la responsabilité de « la mouvance d’ultragauche ou d’extrême gauche radicale », qui viserait les forces de l’ordre, les commerces « et surtout en essayant d’atteindre les bâtiments publics ». À Limoges, la mairie a été ravagée par les flammes, et des individus ont fait irruption dans les mairies ou préfectures de Marseille, Lille, Angers et Bordeaux.
Prudence des autorités et interpellation d’un suspect
Le professeur de sociologie à l’Université Paris 8 Michel Kokoreff interroge : « Qu’apportent » les autorités « comme preuves ou indices » pour incriminer l’ultragauche ? Il invite à attendre les premières audiences en comparution immédiate. La procureure de Paris Laure Beccuau a appelé à la prudence lundi matin sur TF1 : « Ce n’est absolument pas ce que je peux confirmer en l’état de mes informations. »
Un homme de 40 ans, soupçonné d’être lié à l’incendie volontaire de la mairie de Limoges et connu pour son appartenance à l’ultragauche, a été interpellé mardi matin en Haute-Vienne, selon l’AFP. Fiché S pour des faits de violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, il a été arrêté à Val d’Issoire, selon une source policière.
Délinquants d’opportunité : des pillages massifs
Pour Laurent Nuñez, « à partir du milieu d’après-midi » samedi, « des délinquants d’opportunité ont profité pour s’en prendre à des commerces ». Vers 16 heures à Lyon, des jeunes ont dévalisé les boutiques de l’hyper centre, beaucoup en se filmant, ciblant des marques comme Nike, Sephora, Salomon, Décathlon et des échoppes de cigarettes électroniques. À Paris, les pillages ont été menés par une grande majorité de jeunes, souvent masqués et habillés de noir, selon un reporter de l’AFP.
« Il s’agit essentiellement de jeunes en provenance de banlieue cherchant des opportunités de pillages », ont affirmé à l’AFP des sources sécuritaires. Le politiste Xavier Crettiez explique, dans une tribune au journal Le Monde, que la violence du 17 octobre « semblait répondre à trois objectifs qu’un anglicisme facile pourrait résumer par Fun, profit and ego ». Les autorités appellent à la prudence, alors que les enquêtes se poursuivent et que les premières audiences en comparution immédiate devraient éclairer le profil des auteurs présumés.