La mobilisation du 17 octobre 2026 contre la vie chère, qui a rassemblé entre 500 000 et 800 000 personnes en France, a été éclipsée par des violences urbaines impliquant des jeunes casseurs. Pour comprendre ce phénomène, le sociologue Florent Champy, directeur de recherche au CNRS à Toulouse et auteur de De catastrophe en catastrophe. Quelles leçons en tirer (PUF, mai 2026), apporte son éclairage. Selon lui, ces jeunes sont exaspérés car leurs préoccupations ne sont pas prises en compte dans la société.
Une exaspération liée à un sentiment d'abandon
Florent Champy souligne d'emblée que la violence ne doit pas être confondue avec le mouvement lui-même, majoritairement pacifiste. « Cette violence est une réalité, mais elle ne dit rien de la motivation, de l'identité ou de l'honnêteté des participants à un mouvement très majoritairement pacifiste », explique-t-il. Il insiste sur la nécessité de distinguer clairement manifestants et casseurs.
Concernant les jeunes mobilisés, notamment ceux partis des lycées, le sociologue observe une profonde exaspération : « Les décisions importantes sont prises sans tenir compte de leurs intérêts, et ils cherchent donc un moyen de se faire entendre ». Deux mots reviennent systématiquement dans leur discours : « écoute » et « futur ». Ils estiment que les décisions sont prises sans considération pour leur avenir, alors que les budgets par étudiant baissent malgré les discours sur l'éducation comme priorité nationale.
Un rejet fort d'Emmanuel Macron
Le rejet du président de la République est particulièrement marqué chez les jeunes, même s'il n'est pas nouveau. « Les jeunes n'ont jamais été massivement pro-Macron, ce rejet est aujourd'hui très fort », affirme Florent Champy. Mais ce sentiment d'abandon trouve ses racines plus profondément dans une société qui laisse se produire des catastrophes évitables : dégradations environnementales, crises sanitaires, crises financières à répétition, abandon des personnes vulnérables.
Les jeunes sont plus durement touchés par ces catastrophes que le reste de la population, car ils sont souvent plus précaires, doivent préparer leur avenir dans un climat d'incertitude et y seront exposés plus longtemps. « Ils sont face à un mur », résume le sociologue.
Une violence minoritaire mais contreproductive
Florent Champy tient à rappeler que les personnes violentes restent une minorité par rapport aux lycéens mobilisés. « Globalement, le mouvement est pacifiste », insiste-t-il. Cependant, ces violences impactent durement le mouvement : elles occultent ses revendications et l'amalgame qui est fait le décrédibilise.
Le chercheur avance une explication : « Nous sommes dans une société de plus en plus violente à l'égard des jeunes. Comme ils ne se sentent pas respectés, une partie croissante décide de défier l'autorité ». Il précise toutefois : « C'est illégal, c'est choquant et c'est contreproductif ». Il refuse de légitimer ou d'excuser ces actes, tout en les contextualisant.
Une société « catastrogène » et un fossé générationnel
Le sociologue décrit une société « catastrogène » où les jeunes sont les principales victimes des crises. Il note une accélération récente avec la canicule exceptionnelle, les débats sur la dette et les retraites, ou encore l'intelligence artificielle qui menace la stabilité des emplois. « Comment imaginer et construire son avenir dans un tel monde ? » s'interroge-t-il.
Le fossé se creuse entre les jeunes et les adultes aux responsabilités, dans toutes les sphères de pouvoir. « Les personnes au pouvoir ont toujours d'autres urgences : le budget à faire voter, des profits à réaliser, sa place à tenir dans la compétition pour les universités », détaille Florent Champy. Malgré quelques avancées, notamment en matière d'environnement, elles restent très insuffisantes face aux enjeux, alimentant une contestation globale de la jeunesse.