« Un corps noir dans un espace blanc, c'est un accident industriel », lance Grace Ly, consultante en diversité et autrice d’un ouvrage choc sur les discriminations liées à la couleur de la peau dans le monde professionnel. Dans son livre « La Peau : un nuancier de discriminations au travail », elle décrypte les mécanismes insidieux du colorisme, cette hiérarchie fondée sur la teinte de l’épiderme, qui pénalise surtout les personnes noires.
Des micro-agressions quotidiennes
L’enquête, menée auprès de 200 salariés en France, révèle que 78 % des personnes noires interrogées déclarent avoir subi au moins une micro-agression liée à leur couleur de peau au cours de leur carrière. Parmi les exemples cités : des remarques sur les cheveux crépus, des questions sur « l’origine » ou des commentaires sur la « capacité à s’exprimer ». Grace Ly explique que ces incidents, souvent banalisés, créent un climat de travail hostile et affectent la santé mentale.
Le plafond de verre de la couleur
Le colorisme a aussi un impact direct sur les carrières. Selon l’étude, les personnes à la peau foncée ont 40 % de chances en moins d’accéder à des postes à responsabilité que leurs collègues à la peau claire, à compétences égales. « On vous dit que vous n’êtes pas assez présentable, que vous faites peur, alors même que vous avez les diplômes », témoigne une cadre interrogée. Grace Ly souligne que ce biais est renforcé par l’absence de diversité dans les instances de décision.
Des solutions insuffisantes
L’autrice pointe du doigt les politiques de diversité des entreprises, souvent superficielles. « On se contente de photos de groupe avec des personnes racisées, mais on ne change pas les processus de recrutement ou d’évaluation », déplore-t-elle. Elle préconise des mesures concrètes : anonymisation des CV, formation des managers aux biais inconscients, et mise en place de référents discrimination. Le livre appelle à une prise de conscience collective pour que la couleur de peau ne soit plus un frein à l’emploi.



