À l'école maternelle, le développement du langage est désormais la priorité absolue. Le ministère de l'Éducation nationale a fixé un objectif clair : chaque enfant doit connaître 2 500 mots à la fin de la grande section, soit à l'entrée au CP. Cette mesure, inscrite dans les nouveaux programmes, vise à favoriser la réussite scolaire et à réduire les inégalités dès le plus jeune âge.
Un objectif chiffré pour réduire les inégalités
Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a souligné sur LinkedIn, quelques jours avant la rentrée, l'importance de « la maîtrise du langage, parce qu'un enfant a besoin de mots pour exprimer sa pensée ». Cette déclaration fait écho à la position officielle du ministère, qui affirme sur education.gouv.fr : « À l'école maternelle, le développement du langage est la priorité pour favoriser la réussite scolaire et réduire les inégalités ».
Le nouveau programme d'enseignement, disponible sur eduscol.education.gouv, précise que « une bonne connaissance lexicale permet de mieux comprendre et de mieux s'exprimer. Une maîtrise suffisante de la langue repose sur l'usage d'au moins 2 500 mots en fin de grande section ». Cette notion, déjà présente dans le programme de 2025 et évoquée depuis plusieurs années auprès des professeurs, n'est pas nouvelle. Le site du ministère explique que « le lexique est le principal déterminant des inégalités scolaires et culturelles » et que « la richesse du vocabulaire conditionne la compréhension des textes, la qualité des productions écrites et l'accès aux savoirs dans toutes les disciplines ».
Pour Élodie Pascual, orthophoniste et rédactrice en chef du site Allo-ortho, posséder un lexique fourni est essentiel pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture à l'école élémentaire, mais aussi pour communiquer avec les autres. « Cela permet d'être plus outillé dans la vie pour parler, s'exprimer et comprendre le monde », affirme-t-elle.
Comment les enseignants transmettent ces 2 500 mots ?
Pour aider les enfants à enrichir leur vocabulaire, les enseignants utilisent des méthodes classiques : apprentissage oral, discussions, questions, lectures d'histoires, comptines, jeux et activités sportives. Mais une nouveauté s'ajoute : l'élaboration de corpus de mots. Le programme indique que « le professeur enseigne, en petite et en moyenne sections, deux corpus de mots par période puis trois corpus en grande section ; il évalue, chaque mois et chaque période, que les corpus de mots enseignés sont bien mémorisés par les élèves ; il met en œuvre une progression conçue en équipe de la petite section à la grande section permettant d'enrichir les corpus enseignés les années précédentes de mots nouveaux ».
L'apprentissage est donc progressif, étalé sur les trois années de maternelle. Les corpus ne sont pas définis par le programme mais par les enseignants eux-mêmes, qui choisissent des thèmes adaptés à l'âge des enfants : vêtements, maison, animaux de la ferme, saisons, etc.
Des critiques sur la méthode et des conseils pour les parents
Manon Pilloy, enseignante en petite et moyenne sections dans une école du Rhône et membre du secteur éducatif du FSU SNUipp, émet des réserves : « Quand on fait ça, on développe le vocabulaire, mais pas le langage. Le vocabulaire n'est qu'une partie du langage ». Elle rappelle qu'avant d'enrichir son vocabulaire, un enfant doit d'abord « oser entrer en communication », un axe des programmes précédents, ce qui n'est pas évident pour tous les enfants, notamment ceux issus de milieux socioculturels différents. Elle craint que « des prescriptions sur nos modes d'enseignement qui vont se recentrer sur des corpus où on va évaluer des enfants seulement sur des mots » prennent un temps considérable, au détriment d'autres composantes essentielles de l'apprentissage du langage.
Pour les parents, Élodie Pascual recommande de communiquer quotidiennement avec l'enfant : « Il faut communiquer avec son enfant, lui lire des livres, lui chanter des chansons, expliquer le sens des mots, des expressions… Il faut avoir une attention sur le langage parce que ça va avoir un impact toute sa vie ». Manon Pilloy insiste sur le dialogue : « Les enseignants savent qu'il faut que les enfants parlent avec des adultes mais aussi avec d'autres enfants. Ils doivent entendre des histoires, en raconter eux-mêmes, en parlant, mais aussi en mettant des images dans l'ordre, en associant des personnages ».
Repères chiffrés sur le développement du vocabulaire
Élodie Pascual décrit plusieurs étapes clés : « Le premier repère est de se dire qu'un enfant de 12 mois dit environ 12 mots et en comprend une cinquantaine. À 18 mois, il va dire entre 50 et 100 mots et il va commencer à associer deux mots comme "maman donne", "papa dort" ou "chat crie". À 2 ans, il dit déjà entre 300 et 500 mots ». À trois ans, un enfant peut comptabiliser 1 500 mots en moyenne, puis connaître une croissance exponentielle, dépassant parfois les 10 000 mots à l'entrée de l'école élémentaire. « Entre le CP et la 3e, un enfant va entrer en contact avec 26 000 nouveaux mots environ », ajoute l'orthophoniste.
Le linguiste et comédien Arnaud Hoedt, interrogé au printemps dernier par France Culture, s'interrogeait sur la fiabilité de ces comptages : « Quels mots sont véritablement comptabilisés ? Les noms propres, connus ou inconnus ? Les noms de marques, d'équipe de sport, de jeux ? Les groupes de musique, les mots d'argot, les mots techniques ? Les interjections et les locutions adverbiales ? ». Une question qui reste ouverte, mais l'objectif de 2 500 mots à la fin de la maternelle est désormais inscrit dans les programmes pour guider l'action des enseignants.



