Dans l'atelier partagé d'Etienne, 34 ans, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), la pause déjeuner est un rituel collectif : chacun cuisine pour les autres à tour de rôle. Ces moments d'échange et de solidarité, qui peuvent mobiliser jusqu'à 20 personnes à nourrir, ne vont pas sans une certaine pression, raconte-t-il dans un témoignage recueilli par Agathe Ranc pour Le Monde.
Une pause déjeuner en mutation
La pause déjeuner, qui durait plus d'une heure et demie en 1945, est désormais réduite à quarante-six minutes en moyenne, selon les données évoquées dans l'article. Cette réduction drastique du temps consacré au repas contraste avec la pratique d'Etienne et de ses collègues.
« Je travaille à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis, dans un atelier que se partagent des peintres, des designers, des ébénistes, des photographes, ainsi que l'entreprise pour laquelle je travaille en tant que chef d'atelier, qui fabrique des décors pour des événements ou des marques (vitrines, fashion week…), souvent à base de bois », explique-t-il.
Une organisation tournante dans un quartier sans options
Le quartier pavillonnaire où se situe l'atelier offre peu d'options pour déjeuner dehors. « Alors le midi, nous nous faisons à manger à tour de rôle dans la grande cuisine qui est l'espace central du bâtiment, là où tout le monde se croise et se retrouve », précise Etienne.
Chaque jour ou presque, vers 11 heures, les volontaires commencent à préparer le repas. Ceux qui se dévouent pour le repas du midi y passent entre une et deux heures, et peuvent parfois avoir 20 personnes à nourrir, comme l'illustre une photo d'illustration de Matthieu Delaty pour Hans Lucas via AFP.
Générosité et pression au menu
« Même lorsque ce n'est pas de la grande cuisine, cela peut être généreux », souligne Etienne. Cette générosité s'accompagne d'une certaine pression : cuisiner pour un groupe nombreux, respecter les goûts de chacun, et assurer la rotation sans faillir.
Ces moments de partage renforcent les liens entre les membres de l'atelier, mais ils révèlent aussi les règles tacites qui régissent la pause déjeuner, un temps informel soumis à énormément de règles implicites, comme le souligne un entretien précédent de la série. La pause déjeuner entre collègues est aussi un moment hautement politique, où se jouent des dynamiques de pouvoir et de solidarité.
Cette pratique contraste avec la tendance générale à la réduction du temps de repas, et avec l'émergence de solutions comme le frigo connecté qui pourrait signer l'arrêt de mort de la pause déjeuner. Pour Etienne et ses collègues, la pause déjeuner reste un espace de convivialité et de générosité, malgré les contraintes de temps et d'organisation.



