Dans une tribune publiée par Le Monde, des chercheurs et acteurs de terrain alertent sur l'abandon des quartiers populaires, qui fragilise la République elle-même. Selon eux, « il n'y a pas de République forte lorsque certains territoires, comme les quartiers populaires, sont laissés à distance ».
Un constat d'échec des politiques publiques
Les signataires, parmi lesquels des sociologues et des élus locaux, dressent un bilan sévère des politiques de la ville menées depuis des décennies. Ils estiment que les dispositifs successifs n'ont pas enrayé la dégradation des conditions de vie dans ces zones. « Les inégalités se sont creusées, la ségrégation spatiale s'est accentuée », écrivent-ils. Un rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) indiquait déjà en 2023 que le taux de pauvreté y atteignait 42 %, contre 14 % dans le reste du pays.
Un sentiment d'abandon et de défiance
Ce décrochage territorial alimente un sentiment d'abandon et une défiance envers les institutions. Les auteurs citent une enquête du Cevipof selon laquelle 68 % des habitants des quartiers prioritaires estiment que l'État ne les protège pas. « Cette défiance est un poison pour la démocratie », préviennent-ils. Ils appellent à une « refondation républicaine » qui passe par une présence renforcée des services publics et une politique de logement ambitieuse.
Des propositions pour inverser la tendance
Pour sortir de cette impasse, les signataires formulent plusieurs propositions. Ils réclament un « plan d'investissement massif » dans les quartiers, avec un objectif de 10 milliards d'euros sur cinq ans, pour financer la rénovation urbaine, les transports et les équipements publics. Ils suggèrent également de créer un « service public de la réussite éducative » pour lutter contre le décrochage scolaire, qui touche 25 % des jeunes dans ces zones.
Un appel à la responsabilité collective
La tribune insiste sur le fait que l'avenir de la République se joue aussi dans les quartiers populaires. « Il ne s'agit pas de charité, mais de justice et d'efficacité », soulignent les auteurs. Ils interpellent les pouvoirs publics et la société civile pour qu'ils s'engagent résolument en faveur de l'égalité territoriale. Sans cela, préviennent-ils, « le sentiment d'abandon continuera de nourrir les extrêmes et de fragiliser notre pacte républicain ».



