Affaire Leprince : condamnation annulée après 30 ans de combat
Affaire Leprince : annulation de la condamnation après 30 ans

Il est 8h50 ce jeudi matin lorsque Dany Leprince, 69 ans, entre dans la salle d’audience, vêtu d’une chemise bleu clair et d’un blouson marine. Le dos un peu voûté, les mains croisées devant lui, il s’assied en silence au premier rang aux côtés de son conseil, Me Olivier Morice. À 9h03, les cinq juges de la Cour de révision font face à la pièce.

« L’audience est ouverte, asseyez-vous », déclare le président Nicolas Bonnal d’une voix forte. Très vite, l’avocat de Dany Leprince sent que la balance penche du bon côté et glisse un clin d’œil complice à son client. Le président évoque les nouveaux éléments du dossier qui sont de nature à « faire naître un doute sur sa culpabilité ». Puis la décision historique tombe : la condamnation est annulée. Dans la salle, les larmes se mêlent instantanément aux applaudissements. À la sortie, bras levés, l’ex-employé d’une usine de boucherie savoure ce dénouement exceptionnel.

Deux nouveaux éléments

C’est un véritable coup de tonnerre pour l’institution judiciaire française. Condamné en 1997 pour le meurtre aggravé de son frère, de sa belle-sœur et de ses deux nièces Sandra et Audrey, Dany Leprince a toujours clamé son innocence. Plus de trente ans après le drame survenu en 1994, les deux piliers sur lesquels reposait sa culpabilité viennent d’être totalement balayés.

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Le premier point de bascule concerne Solène, l’enfant survivante du massacre, 2 ans à l’époque, dont les déclarations initiales mettaient en cause son oncle. Comme l’explique la cour dans un communiqué, « il est apparu que la nourrice de l’enfant était proche d’un gendarme ayant participé à l’enquête et que l’enfant avait pu être influencé par des conversations d’adultes ». De plus, les résultats d’un examen médical pratiqué sur la fillette avant le procès « orientaient d’ailleurs vers cette hypothèse, mais ces résultats n’avaient pas été communiqués à la cour d’assises ».

Le second élément fustige la sincérité du témoignage clé de l’ex-femme de Dany Leprince, Martine Compoint. Celle-ci avait argué de lourdes pertes de mémoire qui « concernaient principalement ses faits et gestes le soir du drame ». Or, l’imposture a été scientifiquement démontrée plusieurs années après : des experts psychologues ont constaté qu’elle ne présentait aucun trouble réel et « ont conclu en faveur d’une simulation ».

Pour l’institution, le constat est sans appel, ajoute la cour dans son communiqué : « Ces deux éléments, qui n’étaient pas connus lors du procès, viennent fragiliser ce sur quoi la cour d’assises s’est fondée pour déclarer l’accusé coupable. »

« Il faut que la vérité éclate »

« Le château de cartes qui constituait l’accusation à l’encontre de Dany Leprince s’effondre totalement, tonne Me Olivier Morice. Aujourd’hui, il n’y a plus de boucher de la Sarthe. Il demeure monsieur Dany Leprince, présumé innocent. Ce que nous obtiendrons devant la cour d’assises, c’est l’acquittement. »

Dany Leprince, qui avait écopé de la perpétuité assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans, est le condamné ayant effectué la plus lourde détention (dix-huit ans de prison) à voir sa peine annulée. « C’est extraordinaire de parvenir à obtenir cette révision et je remercie la cour, confie-t-il, la voix nouée par l’émotion. Je suis un peu ému. J’aimerais avoir une pensée pour ma famille disparue… Le combat continue et je suis déterminé, il faut que la vérité éclate. »

Sur les marches du palais de justice, Dany Leprince pose devant les objectifs des photographes. À ses côtés, son épouse Anie, qui partage sa vie depuis 2018 et mène la bataille avec le comité de soutien, ne cache pas son immense soulagement. « C’est un combat de longue haleine et c’est terrible d’arriver à obtenir une décision comme ça, c’est magnifique, sourit-elle. Dany y a toujours cru, depuis qu’il a été condamné. C’est obligé avec un dossier rempli de mensonges, ce n’est pas possible que ça tienne. »

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Un nouveau procès dans le Maine-et-Loire

Du côté de Solène, la rescapée du massacre, cette décision historique ouvre également une porte inespérée pour comprendre le drame. Sa parole, marquée par la subjectivité dont elle a fait l’objet lorsqu’elle était petite, a enfin été validée. « Elle est enfin entendue, c’est sa parole qui a été entendue et retenue par la Cour de révision, à savoir l’absence de souvenir qu’elle a pu venir exprimer ici, explique son avocate, Me Meriem Khelladi-Reinaerts. La décision qui est rendue va lui permettre de poursuivre cette quête pour une raison simple : jusqu’ici, la condamnation de Dany Leprince, qui était définitive, faisait obstacle à toute autre investigation. »

Dany Leprince comparaîtra libre devant sa nouvelle juridiction de jugement, la cour d’assises du Maine-et-Loire. Pour la défense, l’objectif est désormais d’obtenir un audiencement le plus rapide possible. L’enjeu est de taille : face à une accusation profondément affaiblie, le temps presse car les témoins de l’époque sont de plus en plus âgés, et certains sont déjà morts.