À Beaulieu-sur-Mer, le maire veut des plages privées ouvertes toute l’année
Beaulieu : le maire veut des plages ouvertes toute l’année

Le maire de Beaulieu-sur-Mer, Roger Roux, en fonction depuis 2001, demande aux services de l’État de faire preuve de « discernement » pour permettre à deux plages privées de sa commune d’ouvrir toute l’année, comme c’est déjà le cas à Nice, Antibes, Cannes ou Menton. Actuellement, les établissements « La Javanaise » et « Baia bella », situés sur la plage de la Petite Afrique, doivent fermer quatre mois par an et démonter l’intégralité de leurs installations pour que le site retrouve son aspect naturel en hiver.

Cette situation découle du « décret plage » de 2006, qui limite en principe l’exploitation des plages privées à six mois par an, afin de préserver le domaine public maritime, les paysages et le libre accès au rivage. Des dérogations existent, mais elles sont conditionnées à plusieurs critères stricts.

Un critère de 200 chambres d’hôtel difficile à remplir

Pour obtenir une dérogation de huit mois, une commune doit d’abord être classée « station classée de tourisme », le plus haut niveau de reconnaissance de l’État pour une commune touristique. Beaulieu-sur-Mer, comme Nice, remplit cette condition. En revanche, pour maintenir une activité toute l’année, la commune doit justifier « de l’ouverture par jour, en moyenne, sur une période comprise entre le 1er décembre et le 31 mars, de plus de 200 chambres d’hôtels classés ». Un seuil facile à atteindre pour Nice, mais bien plus difficile pour Beaulieu-sur-Mer, qui s’étend sur moins d’1 km² pour presque 4 000 habitants.

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Le maire souligne que ses deux plages ne sont pas concernées par les problèmes d’érosion observés ailleurs et que l’espace est suffisant pour que le public puisse se promener en hiver. Il met également en avant des arguments économiques et écologiques : « Au niveau de l’emploi, ça permettrait aux plagistes de “cédéiser” une partie du personnel, plutôt que de partir chaque année dans une galère de recrutement des saisonniers. Et au niveau écologique, malgré ce que disent certaines associations, les plages sont mieux entretenues quand les établissements sont ouverts. » Il rappelle que sa commune a toujours été engagée dans une démarche environnementale, notamment pour la gestion raisonnée des herbiers de posidonie, et qu’elle a reconstitué le chemin du littoral jusqu’à Villefranche-sur-Mer avec ses propres moyens.

« C’est une ineptie »

Roger Roux dit avoir déjà écrit au préfet à ce sujet. Il s’insurge : « On est une commune de 3 800 habitants, on est surclassé 10 000 à 20 000 habitants, et en même temps, on nous demande d’avoir 200 chambres d’hôtel toute l’année. C’est une ineptie, c’est un texte de loi aberrant. » Il compte sur le discernement des services de l’État, et en particulier du préfet, pour accompagner sa commune plutôt que d’appliquer strictement la règle.

Pour espérer remplir à terme la condition des 200 chambres ouvertes en hiver, le maire se bat pour rouvrir des hôtels. « Avec une superficie de 95 ha, ça limite forcément la possibilité d’avoir des hôtels. Mais on se bat quand même, la Résidence Eiffel va rouvrir prochainement, et on espère que le Métropole aussi. » Il déplore également une situation financière difficile : « On n’a même pas 200 000 euros aujourd’hui en dotation de l’État, et en même temps, on se fait pénaliser de 615 000 euros parce qu’on est en état de carence au niveau du logement social. »

Les plagistes soutiennent le projet

Cédric Messina, patron de La Javanaise avec l’ancien gardien de l’équipe de France de football Hugo Lloris, et vice-président de la chambre de commerce et d’industrie Nice-Côte d’Azur, approuve la démarche du maire : « Le maire a totalement raison. Ce coin de la Côte d’Azur, Villefranche, Saint-Jean, Beaulieu, Eze, est de plus en plus attractif. Ouvrir en continu permettrait d’avoir une offre de service toute l’année sur le port, de pérenniser des emplois, et même d’éviter certaines incivilités l’hiver. » Il souligne l’incohérence écologique de devoir tout démonter chaque année avec des 38-tonnes et des tracteurs, mais rappelle que « c’est la loi ».

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Agathe Vanini, responsable de la plage Baia bella, partage cet avis. « On pousse depuis le début pour ouvrir toute l’année, afin de dynamiser le commerce et le tourisme. On est une plage écoresponsable, et on a déjà prouvé qu’il y avait beaucoup plus d’émissions de CO2 en démontant à chaque fois, qu’en la laissant en place. » Elle rappelle qu’après le Covid, une autorisation exceptionnelle d’ouvrir en hiver avait été accordée, et que les clients étaient ravis. Cela permettrait aussi d’embaucher des employés à l’année.

Rudy Orsoni, gérant d’Anao plage sur la plage des Fourmis, est également favorable. « Si un jour on a l’autorisation, on ouvrira toute l’année, oui, sans doute avec une équipe réduite l’hiver. Vu la météo qu’il y a l’hiver, les gens seraient ravis d’avoir un restaurant en bord de mer au début de la balade Maurice-Rouvier. » Sa plage est l’une des rares à détenir le label Maître restaurateur.

En revanche, Frédérique Lorenzi, de l’association environnementale Gadseca (Groupement des associations de défense des sites et de l’environnement de la Côte d’Azur), s’oppose fermement au projet. Elle rappelle que la zone est classée Natura 2000 : « Il faut laisser la nature se reposer de temps en temps. On a là un des plus beaux herbiers de posidonie ; on sait que les périodes de repos biologique sont essentielles pour les milieux marins comme terrestres. Et le surtourisme, il y en a marre. Les plages sont déjà ouvertes six-huit mois dans l’année, ça devrait suffire. »