Sentinelle mobilisée samedi : l'armée contre son peuple ?
Sentinelle samedi : l'armée contre son peuple ?

Le déploiement de l'opération Sentinelle lors de la manifestation de samedi à Paris suscite une vive polémique. Les propos passés du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui affirmait en 2025 qu'« on ne déploie pas l'armée contre son propre peuple », sont repris sur les réseaux sociaux pour dénoncer une contradiction. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, a annoncé un dispositif de sécurité renforcé de 20 % par rapport à la semaine précédente, avec la mobilisation des unités d'élite comme la BRI, le GIGN et le Raid, ainsi que des soldats de l'opération Sentinelle.

Un dispositif de sécurité renforcé pour l'Acte II

Lors de son intervention à l'Assemblée nationale mercredi 21 octobre, Laurent Nuñez a détaillé le plan pour la manifestation qui se déroulera de Bastille à Nation, selon l'arrêté préfectoral. Il a annoncé : « Il nous faut renforcer le volume d'effectif disponible, renforcer les unités déployées comme cela avait été fait en juillet 2023, en mobilisant la BRI, le Raid, le GIGN, les hélicos, les centaures, les engins lanceurs d'eau. » En outre, 70 000 policiers et gendarmes seront déployés sur l'ensemble du territoire national.

Le ministre a également confirmé : « Nous déploierons les forces sentinelles évidemment. » C'est ce point précis qui est au cœur de la controverse. Les membres de l'opération Sentinelle sont des soldats, et non des forces de police. Le site du ministère des Armées précise qu'il s'agit d'une « opération militaire de lutte contre le terrorisme visant à renforcer la protection des Français ». Ces militaires ne sont pas formés au maintien de l'ordre, mais « au combat, aux gestes de premiers secours et aux techniques d'intervention ». Ils sont équipés de Famas, le fusil d'assaut français, de Pamas, un pistolet semi-automatique, et de lacrymogènes.

Des critiques politiques et des missions statiques

Le député Les Républicains Jean-Louis Thiériot a exprimé ses réserves dans les colonnes du Parisien : « L'armée n'est pas préparée au maintien de l'ordre et à l'usage de la proportionnalité de la force. […] Quand vous avez formé un militaire et qu'il se retrouve dans un paysage urbain, il fait ce qu'on lui a appris à faire : neutraliser l'adversaire. Or, utiliser les moyens létaux de l'armée pour parer aux violences des manifestants, c'est prendre le risque de provoquer un drame. » La députée insoumise Clémence Guetté a également dénoncé une « escalade qui a déjà fait de nombreux drames ».

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a rappelé que « les missions de l'armée ne sont pas des missions de maintien de l'ordre ». Laurent Nuñez a précisé que les soldats de Sentinelle ne seraient a priori pas affectés au maintien de l'ordre aux abords des cortèges. Ils seront mobilisés « en substitution des forces de sécurité intérieure, sur des missions de sécurisation statique pour dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l'ordre ». Ils remplaceront notamment les forces de l'ordre sur la sécurisation des bâtiments publics ou d'État, ce qui permettra de libérer des effectifs pour le maintien de l'ordre. Certains policiers et gendarmes ont même été rappelés en service alors qu'ils étaient en vacances.

Un précédent historique et une comparaison italienne

Ce n'est pas la première fois que l'opération Sentinelle est mobilisée dans un contexte de manifestation. En mars 2019, lors de l'acte XIX des « gilets jaunes », des soldats avaient été déployés pour « sécuriser les points fixes et statiques », selon les propos d'Emmanuel Macron. L'objectif était alors de « permettre aux forces de l'ordre » de se « concentrer sur les mouvements, le maintien et le rétablissement de l'ordre ». Le principe retenu était d'éviter au maximum le contact direct entre les militaires et les manifestants. Plus ancien encore, en 1992, 500 soldats, des blindés légers et un char avaient été envoyés sur l'autoroute A1, bloquée près de Lille par des camionneurs protestant contre le permis à points.

La France n'est pas le seul pays à recourir à l'armée en cas de conflit social. En Italie, la Première ministre Giorgia Meloni a annoncé le déploiement de l'armée à Milan pour soutenir la police après les affrontements du week-end dernier. Les Italiens manifestent pour davantage de moyens pour les lycées et contre la vie chère. Le dispositif français de samedi, avec la mobilisation de Sentinelle, marque un précédent dans sa forme, mais s'inscrit dans une logique de soutien logistique et statique, sans contact direct attendu avec les manifestants.