Les sapeurs-pompiers sont dans la rue ce mardi 29 septembre, aux côtés de la fonction publique, pour dénoncer un manque de moyens, mis en évidence par les incendies dévastateurs de l'été qui ont ravagé environ 98 000 hectares entre la Gironde, les Landes et Fontainebleau. Les organisations syndicales alertent depuis des années sur « le manque chronique d’effectif, le vieillissement des matériels […] et l’absence d’une véritable ambition nationale pour la Sécurité civile » et demandent une hausse significative du budget.
Un budget en hausse, mais des réalités contrastées
Le gouvernement a répété tout l'été que le budget de la Sécurité civile avait augmenté. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, affirmait le 30 juillet : « Le budget de la Sécurité civile, c’est le programme 161 du budget de mon ministère. Il a augmenté. On était à peu près à 450 millions en 2017. On est à 800 millions en 2026. » Trois jours plus tôt, Emmanuel Macron, en visite en Gironde, défendait son bilan : « Durant ces dix dernières années, on a quasiment doublé le budget de la Sécurité civile. » Il s'était félicité de « ne pas avoir attendu ces feux et d'avoir, dès 2017-2018, pris les premières décisions ».
Le budget de la Sécurité civile a effectivement augmenté. Le projet de loi de finances prévoyait une hausse de 120 %, passant de 452 millions d'euros en 2019 à 995 millions en 2026. Dans les faits, certains textes ont été rabotés. En 2024, près de 53 millions ont été retirés au nom de la lutte contre le déficit budgétaire global, et la commande de deux avions Canadair a été annulée. Le budget a toutefois fini par connaître une hausse de 76 % entre 2019 et 2025, selon un rapport du Sénat.
Un budget qui ne couvre pas tout
Mais le budget de la Sécurité civile ne correspond pas à celui des pompiers. Cette ligne budgétaire couvre l'achat de matériel (camions, Canadair, hélicoptères) pour la lutte contre les incendies et le développement du système d'alerte FR-Alert. Le salaire des sapeurs-pompiers, les casernes et les ambulances sont financés à 90 % par les collectivités territoriales. Or, ces dernières doivent se serrer la ceinture depuis plusieurs années. Entre 2017 et 2025, les dépenses totales des Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) ont augmenté de 27 % sans tenir compte de l'inflation, selon les données publiques compilées par l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales. Corrigées de l'inflation, cela donne une hausse de 17 % des dépenses d'investissements des Sdis.
Malgré ces hausses, les évolutions sur le terrain restent timides. En vingt ans, le nombre de camions-citernes feux de forêts a diminué de près de 1 000, passant de 4 980 en 2006 à environ 3 000 à 4 000 en 2026, selon les données de la Direction générale de la Sécurité civile. Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, la flotte a connu un très léger rattrapage de 4,25 %. En parallèle, depuis 2000, 30 % des centres d'incendie ont fermé, déplorent les organisations syndicales.
Des effectifs en hausse, mais surtout des volontaires
Les effectifs ont augmenté, mais surtout du côté des sapeurs-pompiers volontaires. En 2013, François Hollande avait fixé l'objectif de 200 000 volontaires, un seuil dépassé seulement douze ans plus tard. Les syndicats réclament aujourd'hui plus de professionnels. Malgré un métier en perte d'attractivité, les pompiers demandent une meilleure reconnaissance et une prise en compte des risques et des maladies liés à leur profession. Les organisations syndicales estiment à 3 000 le nombre de pompiers titulaires du concours mais en attente d'une place dans une caserne.
Concrètement, ces timides hausses de budget et de matériel et un système reposant sur les sapeurs-pompiers volontaires sont loin d'être suffisants pour faire face à une charge de travail qui augmente. En vingt ans, le nombre de leurs interventions a augmenté de 30 % et la part du secours d'urgence aux personnes est passée de 59 % à 87 % des missions. Cela se ressent sur la qualité d'intervention. « Le délai moyen d’arrivée du premier engin est passé de 12 minutes 30 secondes en 2014 à 15 minutes 9 secondes en 2025 », déplore Xavier Boy, porte-parole de l'intersyndicale.
Trois minutes qui peuvent permettre à un feu de progresser de plusieurs dizaines de mètres, face à des pompiers sursollicités. « On a eu 17 feux de plus de 5 000 hectares depuis 1973 en France, dont six seulement depuis 2021 et déjà deux en 2026 », souligne Sébastien Delavoux, sapeur-pompier au Sdis 49 et animateur réseau CGT Sdis. Et d'ajouter : « Le budget est loin d’être suffisant pour faire face aux enjeux actuels. » Un de ses confrères résumait au mois d'août lors d'une conférence de presse organisée avec Les Écologistes : « Nous sommes prêts pour les risques d’hier. » L'organisation syndicale estime qu'à terme il faudrait 2 milliards d'euros et 21 000 sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires pour permettre un bon fonctionnement, un nombre calculé sur la base d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration de 2025.