L'affaire Thélyson Orélien, dont le roman « C'était ça ou mourir » a été exclu de la première sélection du Goncourt, relance une interrogation ancienne : les auteurs noirs sont-ils davantage suspectés de ne pas être à l'origine de leurs propres textes ? Pour l'historien et écrivain franco-béninois Amzat Boukari-Yabara, spécialiste du panafricanisme, cette suspicion traverse les siècles. Dès le XVIIe siècle, les auteurs noirs devaient prouver l'authenticité de leurs récits, car la littérature qu'ils produisaient était jugée incompatible avec leur condition.
Une suspicion qui remonte au XVIIe siècle
Dans un entretien accordé à BibliObs, Amzat Boukari-Yabara revient sur cette différence de traitement persistante. Il rappelle que les accusations visant Thélyson Orélien – utilisation de l'IA dans son roman, plagiats dans différents poèmes et articles – ne sont pas un cas isolé. Bien d'autres écrivains noirs, depuis le XVIIe siècle, ont été confrontés à des doutes sur la paternité de leurs œuvres.
« Dès le XVIIe siècle, les auteurs noirs devaient prouver l'authenticité de leurs récits », souligne l'historien. Cette exigence, selon lui, découle d'une incompatibilité perçue entre la production littéraire et l'identité des auteurs. Le cas de Thélyson Orélien, dont le livre a été retiré de la première sélection du Goncourt, illustre cette tendance à remettre en cause la légitimité des écrivains noirs.
Une affaire qui trouble le milieu littéraire
Les accusations portées contre le romancier canado-haïtien ont semé le trouble chez ses lecteurs comme dans l'ensemble du milieu littéraire. L'utilisation de l'IA dans son roman et les plagiats relevés dans ses poèmes et articles ont conduit à l'exclusion de son livre de la première sélection du Goncourt, une décision qui a ravivé le débat sur l'authenticité des œuvres.
Pour Amzat Boukari-Yabara, cette affaire doit être replacée dans un contexte plus large. La question de la différence de traitement entre les écrivains noirs et les autres est ancienne et mérite d'être gardée à l'esprit. L'historien, dont les travaux portent sur le panafricanisme, invite à examiner les précédents historiques pour comprendre les mécanismes de cette suspicion.
Un débat sur la légitimité des écrivains noirs
L'entretien, publié le 29 septembre 2026, a été recueilli par Constance Daulon. Il s'inscrit dans un dossier plus large consacré à la littérature et à l'IA, intitulé « Littérature et IA : ce que dit l'affaire Thélyson Orélien ». Ce dossier explore les implications de l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la création littéraire et les réactions du milieu.
L'affaire Thélyson Orélien, au-delà des faits précis, pose une question de fond : celle de la confiance accordée aux auteurs noirs. Amzat Boukari-Yabara rappelle que cette méfiance a des racines historiques profondes, remontant au XVIIe siècle, et qu'elle continue d'influencer la réception des œuvres contemporaines. Les lecteurs et les institutions littéraires sont ainsi invités à réfléchir à ces biais persistants.