Lionel Fulcrand, responsable sécurité au centre hospitalier de Béziers et pompier volontaire depuis 15 ans, revient d'une mission de trois jours sur l'incendie en Gironde, qui a brûlé 42 000 hectares en onze jours. Dans un entretien, il témoigne de la solidarité exceptionnelle rencontrée sur le terrain et de son double engagement.
Un retour marqué par l'émotion
Le pas assuré et le sourire aux lèvres, Lionel Fulcrand accueille avec un café chaleureux. Responsable sécurité à l'hôpital de Béziers depuis quatre ans, il fait partie de ces pompiers volontaires qui, après une intervention, reprennent brutalement le cours de leur vie. Alors que le mégafeu girondin se stabilise, le Frontignanais d'origine est de retour à son poste, en charge d'une trentaine de personnes.
Mais dès que le sujet de l'incendie est abordé, le père de famille change de ton. La voix posée, les yeux plongés dans son gobelet vide, il se souvient de l'aide des locaux : « On a rarement vu autant de solidarité. J'ai passé des nuits entières avec des agriculteurs, des gendarmes, et des bénévoles qui nous servaient des repas. Des personnes avec qui on pouvait discuter d'autre chose que de l'incendie. Les gens étaient prêts à en découdre autant que nous. »
Des souvenirs gravés
Engagé comme pompier volontaire depuis 2011, Lionel est arrivé dans sa première caserne à 17 ans. « J'ai fait une saison à Sète et ça m'a tout de suite plu. » Quinze ans plus tard, il n'a jamais envisagé d'arrêter, surtout après son intervention en Gironde. Il raconte : « J'ai demandé à une dame sinistrée comment elle se sentait. Sans me répondre, elle m'a montré son chien et sa voiture en me précisant que c'est tout ce qui lui reste. Et pourtant, elle nous remerciait. »
À mesure que les minutes passent, le visage de l'imposant chef de service se détend. Il dresse le bilan de sa mission : « La Gironde c'était un mélange de résilience, de courage et d'entraide. »
Une double vie de compromis
Père de deux enfants, dont l'un se voit déjà braver les flammes, Lionel reconnaît que concilier ses deux activités exige des sacrifices. « Quand on est d'astreinte et que le téléphone sonne, ou quand il y a un besoin de pompiers, généralement la famille comprend. »
Aujourd'hui sergent-chef, rattaché à la caserne de Sète, il souligne que cette vie nécessite surtout « de l'organisation » et reste « un mélange de compromis », notamment amicaux et familiaux. Malgré tout, l'enthousiasme est palpable quand il évoque le sentiment d'utilité : « On ne souhaite pas le malheur aux gens, mais quand il arrive, il y a l'adrénaline qui fait que nous sommes contents d'y aller. C'est un sentiment particulier. »
La sécurité, l'affaire de tous
Après sa découverte des pompiers volontaires, Lionel s'est tourné vers la sécurité, d'abord à l'hôpital de Sète. Arrivé au plus fort de sa carrière, il partage une vision précise : « Je pense depuis toujours que la sécurité ne peut plus reposer uniquement sur les pompiers et les policiers, et que nous devons aussi apporter notre petite pierre à l'édifice. »
Cette philosophie se reflète dans son quotidien à l'hôpital : « Ce qui m'anime, c'est que le personnel puisse venir travailler en toute sécurité. » Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, près de 80 % des sapeurs-pompiers sont des volontaires, et en 2025, les incendies représentaient 5 % des 4,7 millions d'interventions recensées.



