Les habitants du quartier de Billières, à Saint-Chély-d'Apcher, en Lozère, peuvent enfin respirer. Depuis le 25 juillet, le passage à niveau 119 qui dessert leurs maisons est doté d'une barrière automatique et d'une sonnerie avertissant du passage des trains. Cette installation met un terme à des décennies d'angoisse, après deux morts en 1984, trois accidents évités par miracle et une mobilisation citoyenne longue de cinq décennies.
Un hameau marqué par le drame
Le passage à niveau 119, situé au cœur du hameau de Billières, est un point de passage obligé pour les riverains. Chaque jour, ils devaient s'engager sur la voie ferrée après avoir vérifié qu'aucun train n'arrivait, une manœuvre d'autant plus périlleuse que la visibilité y est réduite. Pour les habitants, chaque traversée était un moment d'appréhension. Les automobilistes devaient s'arrêter, écouter, regarder des deux côtés, parfois sous la pluie ou dans le brouillard. Les souvenirs sont encore vifs : en 1984, deux personnes ont perdu la vie à cet endroit. Depuis, trois accidents ont été évités de justesse, laissant les habitants dans la crainte permanente d'un nouveau drame.
La première pétition demandant l'installation d'une barrière remonte à un demi-siècle. Elle avait été suivie de nombreuses autres démarches, notamment de la part des propriétaires du château de Billières, de la ferme Meissonnier et de l'ancienne garde-barrière. En 2020, une nouvelle pétition avait été lancée, portée par les riverains excédés par le danger. Mais les réponses se faisaient attendre, et rien ne semblait bouger du côté de la SNCF.
Le nouveau stade, un accélérateur de décision
Si les demandes répétées des habitants n'ont pas suffi, c'est la création du nouveau stade de Billières qui a sans doute emporté la décision. Cet équipement sportif, destiné à l'entraînement de football et de rugby, attire un grand nombre de juniors et de seniors, sans compter les adeptes du terrain de boule qui jouxte le stade. Tous ces usagers traversent le passage à niveau pour garer leur voiture ou tourner de l'autre côté de la voie ferrée.
Le flux de piétons et de véhicules est devenu constant, et le danger s'est accru. Des témoins ont même vu des jeunes jouer sur les rails, inconscients du risque. C'est cette présence d'enfants et d'adolescents qui a probablement poussé les autorités à accélérer le projet, devant l'urgence de la situation.
Une ligne stratégique pour l'industrie
La ligne ferroviaire qui traverse Billières est loin d'être abandonnée. Elle est même vitale pour l'économie locale : elle permet d'acheminer les bobines d'acier traitées dans l'usine de tôles magnétiques ArcelorMittal de Saint-Chély-d'Apcher. Le trafic y est régulier, avec des convois pouvant surgir à tout moment, ce qui rendait le passage à niveau d'autant plus dangereux pour les usagers.
La mise en place de la barrière automatique et de la sonnerie constitue une réponse concrète à un problème de sécurité publique longtemps négligé. Les habitants, qui attendaient cet équipement depuis cinquante ans, ont vu leur combat enfin aboutir.
Une célébration pour saluer la sécurité retrouvée
Dès le lendemain de la mise en service, l'ensemble des habitants du hameau s'est réuni sur place pour trinquer à la nouvelle barrière et à la sécurité retrouvée. Dans une ambiance conviviale, ils ont évoqué les années de lutte, les drames passés et l'aboutissement de leur mobilisation. Un verre de vin – ou de jus de fruit pour les plus jeunes – a été levé en hommage à toutes celles et ceux qui se sont battus pour obtenir cette protection.
Seule ombre au tableau : la disparition du joli panneau représentant une locomotive crachant son panache de vapeur, qui faisait le charme du lieu. Ce témoin du passé laisse place à un équipement moderne et rassurant. Désormais, les riverains peuvent traverser en toute sécurité, sans avoir à craindre pour leur vie ou celle de leurs enfants.



