La décision du maire de Millau, Christophe Saint-Pierre, d'armer la police municipale suscite une vive opposition de la Ligue des droits de l'Homme (LDH). Dans un communiqué, l'association dénonce une « dérive sécuritaire » inquiétante et conteste la nécessité comme les conséquences de cette mesure. Quelque 62 % des policiers municipaux étaient dotés d'une arme à feu au 31 décembre 2024, contre 58 % en 2022, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
Un engagement de campagne contesté
Christophe Saint-Pierre avait fait de l'armement de la police municipale un engagement de campagne. Un mois après l'avoir confirmé, il se heurte à une opposition frontale de la LDH. Pour le maire, le choix ne souffre d'aucune ambiguïté : « La décision est prise dans un souci évident d'assurer la sécurité de nos propres agents », avait-il expliqué devant le conseil municipal, égrenant les noms des villes où des policiers ont perdu la vie. L'armement s'inscrit dans une refonte globale du service : recrutements, extension des horaires, renforcement de la présence sur le terrain et développement de la vidéoprotection.
Un risque disproportionné selon la LDH
La section millavoise de la LDH estime que cette décision est disproportionnée. Si Millau a enregistré en 2025 les indicateurs de délinquance les plus élevés de l'Aveyron, la ville reste très loin des territoires les plus exposés à l'échelle nationale. « Certes en 2025, Millau a eu la plus mauvaise note du département. Pour autant elle n'était classée qu'au 5 062e rang des villes les plus dangereuses de France ! Il faut donc relativiser car l'Aveyron reste au troisième rang des départements les plus sûrs », souligne l'association.
Des questions sur l'efficacité de l'armement
Les principales infractions recensées à Millau concernent les stupéfiants, les escroqueries et les fraudes, des phénomènes sur lesquels le port d'une arme ne constitue pas une réponse évidente, selon la LDH. L'association interroge la méthode : « Sur quelles analyses repose ce choix ? D'autres solutions ont-elles été sérieusement étudiées ? » Elle défend une sécurité fondée sur la « proximité, la prévention et la médiation », rappelant que Millau dispose d'un tissu de partenaires – établissements scolaires, associations, travailleurs sociaux, Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance – qui pourrait être davantage mobilisé.
Des risques mortels accrus
La LDH s'inquiète également des risques liés à l'introduction d'armes à feu. « Les études montrent que l'armement des policiers insuffisamment formés à l'usage des armes à feu fait accroître les risques mortels pour les citoyens. La France est championne d'Europe avec 49 décès du fait des forces de l'ordre en 2025 », dénonce l'association. Elle regrette qu'aucun débat public spécifique n'ait précédé cette décision, et s'inquiète du contexte national : un texte adopté par l'Assemblée nationale entend renforcer la présomption de légitime défense des forces de l'ordre utilisant leur arme. « La sécurité passe-t-elle par un renforcement de l'arsenal des policiers municipaux ou par un investissement accru dans la prévention et le lien avec la population ? » interroge la LDH.



