Berlin : la menace djihadiste toujours sous-évaluée en Europe, 25 ans après le 11-Septembre
Menace djihadiste sous-évaluée en Europe selon un attentat à Berlin

Vingt-cinq ans après la destruction des tours jumelles de New York par des islamistes qui avaient détourné des avions de ligne, et onze ans après les attentats de Paris, la menace que pose l’islam djihadiste continue à être sous-évaluée au cœur de l’Europe. L’attentat du 25 juillet à Berlin en témoigne : l’homme qui a lancé sa camionnette sur la foule de la Marche des fiertés, tuant une femme et blessant 29 personnes, était identifié depuis cinq ans déjà comme un islamiste radicalisé.

Un attentat prévisible mais évitable ?

Selon les informations rapportées par les autorités allemandes, le suspect, un ressortissant irakien de 30 ans, était connu des services de renseignement depuis 2019. Il avait été classé comme « dangereux » (Gefährder) en raison de ses liens avec des milieux salafistes et de ses appels à la violence sur les réseaux sociaux. Pourtant, malgré plusieurs signalements, aucune mesure de surveillance renforcée n’avait été prise, et il avait pu conserver son permis de conduire poids lourds.

Cette affaire n’est pas un cas isolé. En France, l’attentat de la rue Copernic en 1980, l’assassinat du père Jacques Hamel en 2016, ou encore l’attaque de Nice en 2016 – bien que différents dans leurs modes opératoires – témoignent d’une même lacune : la difficulté des États européens à anticiper et neutraliser les individus radicalisés, même lorsqu’ils sont identifiés.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un phénomène persistant et sous-estimé

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon Europol, en 2023, 27 attaques djihadistes ont été déjouées dans l’Union européenne, mais 13 ont réussi, faisant 16 morts et plus de 100 blessés. Le nombre de « returnees » – ces combattants revenus de Syrie ou d’Irak – est estimé à plus de 500 dans l’UE, dont une partie toujours active. En Allemagne, 547 individus sont classés comme « Gefährder islamistes », dont 61 en liberté sous conditions.

Or, les capacités de surveillance sont limitées. En France, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) suit environ 20 000 personnes fichées pour radicalisation, mais les moyens humains et techniques sont jugés insuffisants par les syndicats de police. « Le suivi des individus les plus dangereux est souvent entravé par des considérations juridiques et budgétaires », explique un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur sous couvert d’anonymat.

Le défi de la prévention et de la coopération

Les experts soulignent également l’échec des politiques de prévention. Malgré des milliards d’euros investis dans la déradicalisation depuis 2015, les programmes peinent à convaincre. En Belgique, le centre de déradicalisation de Vilvorde a dû fermer en 2022 faute de résultats probants. Au niveau européen, le partage d’informations entre États membres reste lacunaire, comme l’a montré l’attaque de Berlin où le suspect avait déjà fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol.

L’attentat du 25 juillet a donc relancé le débat sur la nécessité de renforcer les outils juridiques et opérationnels. La ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, a annoncé un projet de loi visant à faciliter la surveillance des « Gefährder » par la police et les services de renseignement. Mais des voix s’élèvent contre une dérive sécuritaire qui pourrait porter atteinte aux libertés fondamentales.

Une menace qui évolue

La menace djihadiste a également changé de nature. Si Al-Qaïda et l’État islamique restent des références, la radicalisation est désormais souvent auto-induite via internet, sans lien direct avec une organisation. Les « loups solitaires » comme l’auteur de l’attentat de Berlin représentent un défi majeur pour les services antiterroristes, car ils agissent de manière imprévisible.

En 2024, le niveau d’alerte terroriste est maintenu au plus haut dans plusieurs pays européens, dont la France (plan Vigipirate), l’Allemagne et la Belgique. La menace est jugée particulièrement élevée pendant les grandes manifestations culturelles ou sportives. L’attaque de la Marche des fiertés à Berlin a ainsi montré que les événements LGBTQ+ sont devenus une cible privilégiée, en écho à l’attentat d’Orlando en 2016.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Face à cette situation, les experts appellent à une approche globale combinant surveillance, prévention et lutte contre les causes profondes : discriminations, ghettos, absence de perspective pour les jeunes issus de l’immigration. Mais les solutions tardent à venir, tandis que les victimes s’accumulent.

Pour l’heure, l’enquête sur l’attentat de Berlin se poursuit. Le suspect a été placé en détention provisoire. Il encourt la perpétuité. Mais au-delà du procès, c’est toute l’architecture antiterroriste européenne qui est remise en question. Car vingt-cinq ans après le 11-Septembre, le constat est amer : la menace djihadiste n’a pas disparu, et l’Europe peine à s’en protéger.