Sur l'autoroute A9, les douaniers en chasse contre la drogue à Béziers
Les douaniers traquent la drogue sur l'A9

Chaque été, des millions de vacanciers empruntent l'A9, entre l'Espagne et le Gard, sans se douter de ce qui se trame derrière les barrières de péage. Cette nuit-là, au péage de Béziers, deux douaniers de la brigade de surveillance intérieure (BSI) de Montpellier ouvrent le coffre d'un coupé Mercedes noir. Le conducteur, un trentenaire blond venu de Marseille, raconte une histoire confuse : une dispute avec sa femme, une virée au Cap-d'Agde, une erreur de route. Les agents, habitués, soulèvent le plancher et découvrent deux paquets dissimulés. "Ça, c'est du CBD !", assure l'homme. Mais le premier paquet contient du cannabis, et le second, posé devant lui, provoque la remarque cinglante de l'un des douaniers : "Et la coke, c'est quoi, Monsieur ?" Le Marseillais, dépité, encaisse une verbalisation.

"On est sur l'autoroute de la drogue et il faut la trouver !", sourit Christophe, agent de constatation principale à la BSI de Montpellier. Ce soir-là, six motards de la brigade sont déployés sur l'A9, axe privilégié des trafiquants. La résine de cannabis venant du Maroc, comme la cocaïne d'Amérique du Sud, transite par l'Espagne avant de rejoindre Bordeaux, Lyon, Marseille, l'Italie, la Suisse ou les Pays-Bas. "Il y a tellement de circulation", poursuit Christophe, posté à la barrière de Béziers, à la jonction avec l'A75. "Il y a beaucoup de monde, avant de trouver la bonne voiture ou le bon camion." Pour optimiser leurs chances, les douaniers arrêtent momentanément certaines files de péage, transformant l'autoroute en souricière.

Des saisies records en 2025

François, contrôleur principal et chef de l'opération du soir, résume l'état d'esprit de ses équipes : "Être douanier, c'est comme quand on déballe des cadeaux, la principale qualité c'est la curiosité." Il confirme des statistiques inédites : plus d'une tonne de cocaïne et plus de dix tonnes de cannabis ont été interceptées en 2025 sur le tronçon allant des Pyrénées-Orientales au Gard. Une flambée de découvertes de cocaïne, notamment sur l'A9, jamais vue ces deux dernières années.

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Les exemples illustrent cette guerre de l'ombre. En novembre, à Béziers, 38 kg de cocaïne ont été saisis dans un van. "On a ouvert le toit, les pains étaient sous le matelas", raconte Christophe. Le conducteur albanais, qui venait d'Espagne et se rendait en Allemagne, avait attiré l'attention par son look. En juin, une palette suspecte au milieu d'un chargement de colis Amazon a permis aux douaniers et à leur chien de détecter 200 kg de résine dans six sacs de sport. Dans la foulée, 100 kg de cannabis ont été découverts dans un camion chargé de cuves de peinture. Enfin, Christophe se souvient de cette saisie spectaculaire sur l'aire de Loupian : un camion frigorifique à l'arrêt, sans conducteur, avec un frigo qui ne fonctionnait pas. "Le chien s'y est intéressé", explique-t-il. À l'arrière, sous des planches de polystyrène, les douaniers ont mis au jour 980 kg de cannabis.

Le flair des douaniers mêle intuition, expérience et observation. "Un regard fuyant peut tout trahir", note François. Et il faut aussi une part de hasard. "Nous nous basons sur les affaires précédentes", ajoute le chef de patrouille, grimpant sur un camion suspect transportant de la céramique.

Le tabac, autre cible des contrôles

La drogue n'est pas la seule préoccupation des douaniers sur l'A9. Les contrefaçons et surtout le tabac occupent une place importante. En provenance d'Andorre, la quantité autorisée est limitée à 1,5 cartouche ; pour l'Espagne, à 4 cartouches maximum. Au péage de Béziers, un Francilien, lunettes et tongs aux pieds, est contrôlé. Il ne ment pas : il revient de vacances avec des cigarettes en quantité. François, Christophe et Thomas, le benjamin de l'équipe, sortent quatre sacs dissimulés dans ses affaires : 32 cartouches, soit 6 400 cigarettes. Le paquet valant 12 ou 13 euros en France, l'homme les a achetés au moins deux fois moins cher. "C'est pour ma consommation, je suis un gros fumeur", ose-t-il. "Et vous fumez deux marques différentes ?", rétorque François. Le contrevenant espère sauver quatre cartouches, mais tout est confisqué, avec une amende de 200 euros à régler immédiatement, en liquide ou par carte bancaire.

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Du côté des poids lourds, les contrôles sont systématiques sur les aires de repos, après rabattement du trafic. Les camions, principaux transporteurs de stupéfiants, sont inspectés dans le moindre détail. Cette nuit-là, tous sont en règle.

Un coup de filet au Perthus

À la même heure, à quelques kilomètres de là, les douaniers de Perpignan réalisent une interception de taille. Sur l'aire de repos du Perthus, dans les Pyrénées-Orientales, ils contrôlent un ensemble routier immatriculé en Croatie pour le tracteur et en Autriche pour la remorque. Leur inspection méthodique révèle un système artisanal de dissimulation aménagé sur la remorque, contenant 33 kg de cocaïne. Une nouvelle preuve, s'il en fallait, que l'A9 reste l'un des principaux axes du trafic de stupéfiants en Europe, et que les douaniers sont déterminés à le rappeler.