Expulsion de Xenia Fedorova : la France ordonne le départ de la propagandiste du Kremlin
Expulsion de Xenia Fedorova : la France ordonne son départ

Ce mercredi 29 juillet, les services de la préfecture de police de Paris ont officialisé la remise d’un arrêté d’expulsion pris par le ministère de l’Intérieur à l’encontre de Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de la branche française de Russia Today (RT France). La décision, dévoilée par « Libération », a été confirmée à l’Agence France-Presse par le ministère de l’Intérieur.

Une menace pour l'ordre public

Pour justifier cette mesure d’expulsion, la place Beauvau dresse un réquisitoire sévère. Selon les extraits de l’arrêté cités par « Libération », le gouvernement juge que le comportement de la ressortissante russe « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ». Les autorités estiment que son maintien sur le sol français représente « une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ».

L’administration accuse directement la polémiste d’agir en sous-main pour le compte de Moscou : « en déployant ses narratifs, [Xenia Fedorova] s’inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes », avec la volonté affirmée « de déstabiliser l’ordre public ». Le document insiste également sur le risque de manipulation des esprits, lui reprochant de concourir à « un discours de désinformation et de déstabilisation » destiné à « saper la confiance des citoyens européens et en particulier des citoyens français en leurs institutions ».

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Dans la foulée, Xenia Fedorova a annoncé à l’AFP, par l’intermédiaire de son avocat Me Emmanuel Piwica, sa volonté d’« immédiatement former un recours » contre cette procédure. « Xenia Fedorova est une journaliste. Cette décision est une atteinte grave à la liberté d’expression d’une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu’il soit », dénonce-t-il.

Les obstacles à l'exécution de l'expulsion

Si la décision d’expulsion est formellement actée, son exécution se heurte à des obstacles diplomatiques et logistiques considérables. Comme le fait remarquer « Libération », le renvoi contraint de Xenia Fedorova vers la Russie est quasi impraticable à ce jour. D’une part, la dégradation des relations politiques entre Paris et Moscou depuis février 2022 a réduit les canaux de coopération consulaire à néant, au rythme des renvois réciproques de diplomates. D’autre part, la fermeture du ciel européen aux compagnies russes empêche toute liaison aérienne sans escale.

Pour pallier cette impossibilité technique de la reconduire immédiatement à la frontière, le pouvoir exécutif a fait le choix de restreindre drastiquement ses libertés. L’ancienne responsable audiovisuelle se trouve désormais assignée à résidence à son domicile parisien, avec la contrainte de venir pointer quotidiennement auprès des forces de l’ordre, précise une source proche du dossier à « Libération ». Selon l’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, cité par « Le Monde », cette mesure souveraine « lui retire de facto le titre de séjour et lui interdit de travailler ». Elle est en outre visée par une interdiction d’entrée sur le territoire allemand, où elle a séjourné avant son installation en France.

Un titre de séjour contesté

Cette décision d’expulsion vient clore plusieurs mois de vives contestations autour de son statut administratif. À la tête de RT France jusqu’à la fermeture de la chaîne en mars 2022 consécutive à l’agression militaire en Ukraine, la ressortissante russe avait réussi à obtenir en août 2024 un titre de séjour de dix ans délivré par la Préfecture de police. L’attribution de cette carte de résident de longue durée avait provoqué un malaise politique à la fin du printemps.

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Interrogé le 1er juin 2026 sur France Inter, Laurent Nuñez jurait qu’aucune intervention politique n’avait guidé ce renouvellement délivré « de plein droit », tout en rappelant qu’un document administratif « ne protège pas d’éventuelles poursuites ou remises en cause dès lors qu’il y a des troubles à l’ordre public ou qu’il y a une menace pour les intérêts fondamentaux de la nation ». Le lendemain, à l’Assemblée nationale, relancé par le député socialiste Arthur Delaporte, le ministre soulignait la nécessité de consolider juridiquement le dossier pour éviter toute censure judiciaire : « On ne peut pas faire n’importe quoi ».

Par ailleurs, dans une enquête parue le 22 juillet, « Le Monde » révélait que des diplomates européens s’étonnaient que la France n’ait pas formellement sollicité l’inscription de Xenia Fedorova dans le 21e paquet de sanctions individuelles de l’UE, alors même que l’eurodéputée Nathalie Loiseau (Renew) avait fait adopter un amendement pointant son rôle dans la « désinformation coordonnée ». Le Quai d’Orsay et l’Intérieur préférant travailler secrètement à d’autres voies de sanctions nationales.

La polémiste au cœur de la galaxie Bolloré

Depuis le début de l’année 2025, Xenia Fedorova, 45 ans, s’était muée en éditorialiste régulière au sein des médias contrôlés par le groupe de Vincent Bolloré. Chroniqueuse pour l’hebdomadaire « JDNews », elle figurait fréquemment au casting d’émissions de débats sur CNews (notamment « L’Heure d’inter ») et Europe 1, animait le programme « Lumières orthodoxes » sur Canal+ et avait signé au printemps 2025 un recueil intitulé « Bannie » aux éditions Fayard.

Ses interventions régulières qualifiant la guerre d’« opération spéciale », imputant la poursuite des combats aux pays occidentaux ou remettant en cause la réalité des déportations d’enfants ukrainiens avaient déclenché la désapprobation ouverte de plusieurs membres du gouvernement. Le 29 mai, sur France Inter, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot dénonçait une « propagandiste patentée qui sert la soupe de Vladimir Poutine », tandis que le porte-parolat de son ministère fustigeait une personnalité reprenant « mot pour mot les narratifs de propagande russe ».

Face aux griefs, Xenia Fedorova s’était défendue publiquement sur son compte X : « Je suis journaliste. J’exprime une analyse, parfois critique, notamment sur le rôle de l’Occident dans la prolongation du conflit en Ukraine […] Elle ne peut pas être interdite sous prétexte qu’elle dérange ». De leur côté, la direction de Canal+ et plusieurs dirigeants de la galaxie Bolloré s’étaient abrités derrière le principe de « liberté d’expression » pour justifier sa présence à l’antenne. Ce mercredi, Canal+ et Lagardère ont à nouveau dénoncé « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression ».