Un couvre-feu pour les moins de 13 ans à Carpentras
Fin mars, la mairie divers gauche de Carpentras, dans le Vaucluse, a instauré un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans. Le maire Serge Andrieu revient sur cette mesure et son bilan après quatre mois d'application.
Pourquoi un tel arrêté ?
Selon Serge Andrieu, la décision a été motivée par des observations quotidiennes : des jeunes livrés à eux-mêmes dans les rues à des heures tardives. Il rappelle également qu'un incendie criminel de la salle de spectacle municipale, il y a trois ou quatre ans, avait été commis par trois mineurs, dont le plus âgé avait 15 ans, à minuit.
Le dispositif mis en place
Les mineurs de moins de 13 ans interpellés la nuit sont conduits au poste de police, où leurs parents sont invités à venir les chercher. Le maire insiste sur la responsabilité parentale : « Ce sont quand même les parents qui sont fautifs. Ce n’est pas normal qu’ils abandonnent leurs enfants, qu’ils les laissent traîner, ils ne peuvent faire que de mauvaises rencontres. »
L'arrêté inclut également un rappel à l'ordre pour les collégiens et lycéens qui ne respectent pas les règles : ils sont convoqués au poste avec leurs parents pour une explication. « On tire les oreilles aux enfants, puis on tire les oreilles aux parents », résume le maire.
Des parents parfois démissionnaires
Serge Andrieu constate que certains parents ont abandonné leur rôle éducatif. Il évoque des situations cocasses au commissariat, où des mères paniquées découvrent que leurs enfants les ont trompés sur leurs activités. D'autres parents demandent même à ce que leurs enfants soient gardés, « parce qu’ils ne peuvent plus rien en faire et qu’ils n’écoutent pas ».
Le maire espère que ces interventions permettront aux parents de mieux surveiller leurs enfants, qui « en règle générale sont parfaits, ce ne sont jamais eux qui font les bêtises ». Il souligne le risque que les mineurs soient embrigadés dans le trafic de stupéfiants, servant de guetteurs pour les trafiquants.
Un bilan positif après quatre mois
Une dizaine de jeunes ont été interpellés. Pour Serge Andrieu, même sans suivi individualisé, la mesure a un effet dissuasif : « Ceux que l’on attrape une fois, on ne les revoit plus. » Il espère les avoir sauvés des mauvaises fréquentations.
Réactions des habitants
Au début, la population était partagée : une moitié opposée, une autre très favorable. Mais après avoir constaté l'efficacité, « tout le monde dit qu’il y a un intérêt ». D'autres maires ont demandé copie de l'arrêté pour l'adopter.
Le maire insiste : « Ce n’est pas de la répression, nous ne sommes pas là pour punir l’enfant, mais l’arrêter, 'punir' les parents et expliquer au mineur que c’est dangereux pour lui. »
Liberté de circuler et étiquette politique
À ceux qui dénoncent une entrave à la liberté de circuler, Serge Andrieu répond que c'est à l'État et à l'Assemblée nationale de légiférer, pas aux maires. Il compare cette mesure à la fermeture des épiceries de nuit à 22h pour lutter contre le trafic.
Interrogé sur le fait qu'une municipalité de gauche prenne une telle mesure, il déclare : « On peut être de gauche et ne pas être naïf. […] Si ça avait été pris par une commune d’extrême droite, beaucoup de gens auraient dit : 'ah ça ne nous étonne pas d’eux'. Mais j’espère que les gens comprennent qu’une commune de gauche réagit à ce qui se passe dans sa ville. »



