Pour gérer ou réprimer une foule, les forces de l'ordre françaises disposent d'un arsenal varié d'armes dites « intermédiaires ». Ces équipements font de la gendarmerie une « vitrine du savoir-faire français en matière d'ordre public », selon le site du gouvernement, qui précise que de nombreuses forces de sécurité étrangères (une trentaine de pays en 2019) viennent chaque année « bénéficier de l'expertise des instructeurs français ».
Une doctrine de maintien à distance
Ces armes sont pensées dans le cadre de la doctrine française du maintien de l'ordre, qui prône une réponse graduée et le maintien à distance des manifestants afin d'éviter tout contact physique. Ce contact est réservé à des unités mobiles (Brav-M, Bac) qui plongent pour effectuer des interpellations. Cependant, ces armes sont régulièrement décriées pour les mutilations qu'elles peuvent engendrer : des gilets jaunes éborgnés, le récent lycéen de Lens à la main arrachée, ou encore le décès de Rémi Fraisse, tué en 2014 à Sivens par une grenade offensive (retirée des armements depuis). Face à ces critiques, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a annoncé suspendre l'emploi des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen.
Flash-ball et LBD, des armes à létalité réduite
Apparus dans les années 1990 après leur mise au point par l'industriel français Verney-Carron, les flash-balls ont d'abord équipé les policiers de la BAC. Ils ont depuis évolué, gagné en précision et ont été étendus au maintien de l'ordre. Aujourd'hui, ce sont les LBD 40 fabriqués par la société française Alsetex qui équipent essentiellement policiers et gendarmes.
Selon la fiche technique du fabricant mise en ligne par le site spécialisé maintiendelordre.fr, ces armes à létalité réduite tirent des balles en caoutchouc dur de 40 mm à près de 350 km/h. En raison de cette puissance, leur emploi est en principe interdit à moins de 10 mètres de la cible et l'usager ne doit pas viser la tête ou le thorax. Ce principe est mis à mal par la médiocre précision de l'arme, de l'ordre de 14 cm à 25 mètres.
Canons à eau et grenades diverses
Très efficaces pour tenir à distance une foule et encourager les manifestants à rentrer chez eux une fois détrempés, les canons à eau sont l'apanage des CRS, qui disposeraient de 16 unités en France métropolitaine. « La gendarmerie n'envisage pas l'acquisition de canons à eau, malgré leur plus-value tactique incontestable, pour privilégier le recours aux engins de la Police nationale », regrettait en 2020 un gendarme auteur d'une note sur « Les outils du maintien de l'ordre ».
Les forces de l'ordre disposent également d'un large éventail de grenades adaptées à différentes situations : lacrymo, assourdissantes ou dites de désencerclement, nommées EF-SON, GL-304, GENL, ou encore GM2L. Les plus utilisées sont celles diffusant du gaz CS, communément appelé lacrymo. De différentes charges et types, elles peuvent être lancées à la main ou tirées depuis un lanceur avant de retomber en une pluie de petits galets diffusant du gaz sur une large zone.
Viennent ensuite les grenades dites de désencerclement, techniquement appelées grenades à éclats non létaux (GENL) par leur fabricant Alsetex. Elles diffusent à explosion une quinzaine de petits projectiles en caoutchouc et doivent être lancées roulées au sol. Une condition d'utilisation également imposée aux grenades assourdissantes, qui produisent un flash lumineux et un effet sonore de l'ordre de 160 décibels à 10 mètres. Il en existe plusieurs types, dont celle dite ASSD, suspendue récemment par le ministre de l'Intérieur. Il existe aussi des modèles mixtes, alliant effet assourdissant et diffusion de gaz CS, comme la grenade GM2L ou la GL-304 (fabriquée au Brésil).
Le bouclier lumineux, dernière innovation
Les boucliers lumineux semblent être les derniers nés de l'innovation française en matière de maintien de l'ordre. Ils ont fait une apparition remarquée aux bras de la Brav-M au cours du mouvement des lycéens. Émettant d'intenses flashs lumineux verts ou blancs, ils sont pensés pour désorienter les manifestants en les éblouissant.