Blocus lycéen à Alès : 300 manifestants pour être écoutés
Blocus lycéen à Alès : 300 manifestants pour être écoutés

Mardi 13 octobre, environ 300 manifestants ont défilé à Alès pour la quatrième semaine de mobilisation lycéenne. Le cortège, parti du parvis du lycée Jean-Baptiste-Dumas (JBD), a maintenu le blocus de l'établissement, avec près de deux cents élèves devant les grilles. Les revendications portent sur la vétusté des locaux, le manque de moyens et le besoin d'être réellement écoutés par les autorités.

Une mobilisation qui s'étend et s'organise

Depuis le mouvement des lycéens de Saint-Exupéry à Créteil, la colère de la génération née entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010 ne cesse de grandir. À Alès, les élèves ont poursuivi leur apprentissage d'une lutte rythmée par des assemblées générales démocratiques. Sur le parvis, Mélanie et ses camarades préparent des pancartes, dont une avec « Gen Z » en lettres rouges. « En assemblée générale on parle de tout et c'est un mouvement collectif, sans leader », explique-t-elle.

La mobilisation s'est propagée jusqu'à l'université Paris-Saclay. Les lycéens refusent désormais de parler à certains médias. « On nous répète, sans cesse, de ne rien casser et tout se focalise sur ça, c'est énervant. Mais cette violence est systémique et on nous demande de faire cesser la violence de ceux qui la subissent ! On en a marre d'être infantilisé, que l'on nous écoute maintenant ! » s'insurge Mélanie.

Des revendications concrètes et un défilé sous tension

Parmi les revendications, la nécessité de travaux est primordiale. « Il y a des fuites au CDI, on met des seaux pour récupérer l'eau, il y a de la moisissure sur les murs, le chauffage manque, on met parfois deux vestes dans l'hiver », détaille Isabelle. Les élèves demandent aussi plus de représentativité avec la création d'une assemblée pour les élèves et les parents d'élèves afin de peser sur les décisions. Juan cite l'exemple de la hausse des tarifs de la Bachotte, la cafétéria du lycée, à laquelle de nombreux élèves étaient opposés.

Le défilé, ouvert par la CGT locale, a suscité des débats parmi les manifestants. Certains ne souhaitaient pas laisser le champ libre au syndicat. Juan, sur le thème de la violence, déclare : « La question des violences est complexe. On a essayé d'être dans le calme mais on ne nous écoute pas. Les blocus pacifiques n'ont jamais abouti. On demande plus de pouvoir et que l'État arrête de se foutre de notre nous, ces deux heures de débat, c'est n'importe quoi. Le temps est aux actes. »

Un soutien qui dépasse le cercle lycéen

Le cortège, après une « battle d'aura » entre jeunes, s'est élancé en direction du boulevard Louis-Blanc, avec le plateau du camion de la CGT débordant de lycéens. Lors d'une halte au rond-point de l'office de tourisme, le slameur Nomis a déclaré ses textes. Julia, 30 ans, ex-lycéenne en section littéraire à JBD, accompagne sa petite sœur de 17 ans. « Je viens soutenir ces jeunes dans leurs revendications alors que j'ai déjà connu ça, il y a 15 ans, avec des professeurs absents, des locaux vétustes… Je constate que rien n'a changé. Même si on était moins anxieux que cette génération par la faute de ce Parcoursup. Nous, nous savions que nous allions intégrer l'université que l'on voulait mais eux… C'est aussi angoissant pour nous car on aimerait qu'ils fassent ce qu'ils aiment. Il y a une marchandisation du savoir, avec un basculement vers le privé et donc avec des crédits… »

Violette, enseignante en primaire, exprime sa solidarité avec le mouvement lycéen. « Leurs luttes rejoignent les nôtres et, particulièrement, le droit de s'exprimer, de manifester pour une société plus désirable. Ne rien faire aujourd'hui, c'est comme si l'on sacrifiait cette génération. Ces jeunes en ont marre de cette société du fric, où l'argent est roi avec la figure du self-made-man qui ne l'est pas en réalité. Ils veulent vivre et ils ont compris que l'argent ne sauvera pas la planète… » Elle dénonce aussi des conditions de travail dégradées : « J'enseigne depuis 11 ans mais c'est devenu de la maltraitance institutionnelle et on le vit mal avec des burn-out, des arrêts, ceux qui quittent la profession. On est complice à nos corps défendant, comme la police l'est aussi, du manque de volonté politique. Le manque est organisé et ensuite on doit gérer ce manque. Tout cela n'a qu'un but, faire des économies. »

Le cortège a finalement rejoint le parvis de JBD pour poursuivre le blocus. Un couple militant, profitant de la générosité de commerçants, a proposé un couscous à la pause déjeuner. Les lycéens entendent maintenir la pression jusqu'à ce que leurs revendications soient prises en compte.